
C’est une rencontre coup de cœur que nous avons le bonheur de partager avec vous ce mois-ci.
Si vous ouvrez les pages de notre toute nouvelle bande dessinée “Psoria… Quoi?” vous y découvrirez un univers vibrant d’aquarelles, de douceur et d’humour. Derrière ces coups de pinceau se cache Constantine De Vriendt, une jeune logopède qui collabore avec notre association.Atteinte de psoriasis depuis son adolescence, Constantine a choisi de ne plus se cacher. À travers son projet artistique « Les nuages racontent » (ou Psoria…quoi), elle livre un témoignage d’une sincérité désarmante
sur son parcours. Nous l’avons rencontrée pour une interview à cœur ouvert, sans filtre et tout en sensibilité.
sur son parcours. Nous l’avons rencontrée pour une interview à cœur ouvert, sans filtre et tout en sensibilité.
Psoriasis Contact : Bonjour Constantine ! Ton projet a beaucoup évolué au fil du temps. Au départ, ta BD contenait énormément de texte, et puis tu as opéré un grand changement artistique.
Pourquoi ce choix ?
Constantine : Oui, c’est vrai. Au tout début, je ressentais le besoin de mettre beaucoup de mots pour expliquer la maladie, pour faire de la vulgarisation médicale. Mais j’ai vite compris que pour toucher les gens et exprimer ce qu’on vit à l’intérieur, il fallait laisser parler les émotions. En épurant le texte pour privilégier le visuel et les couleurs, j’ai voulu permettre au lecteur de relâcher la charge émotionnelle. Quelque part, cette évolution graphique reflète mon propre processus d’acceptation face au psoriasis.
Psoriasis Contact : Dans tes planches, tout commence à l’âge de 13 ans avec une réaction plutôt surprenante… Tu dis que tu trouvais ça « limite style » !
Constantine : Oui ! Quand ma maman m’a expliqué ce que c’était, je n’ai pas paniqué. Entre 13 et 16 ans, mes crises restaient légères, ça se confondait un peu avec de l’acné, donc je m’en fichais. Je trouvais
même que ça me rendait différente des autres, ça me donnait un petit côté unique, presque « stylé » ! Tant que ma santé globale n’était pas en danger, je le vivais très bien. Je me traitais tranquillement avec des
méthodes naturelles : des bains de sel, des crèmes hydratantes… On m’avait proposé de la PUVA-thérapie à l’hôpital, mais je ne le sentais pas, alors j’ai refusé.
Psoriasis Contact : Les choses deviennent plus difficiles à 21 ans, où tu vis une rechute massive. Que s’est-il passé ?
Constantine : C’est le moment où la réalité de la maladie m’a rattrapée. J’ai vécu une rupture amoureuse qui a mal tourné, et mon corps a réagi immédiatement au choc émotionnel. En une seule semaine, le
psoriasis a littéralement éclaté sur tout mon corps, sauf sur le visage. C’était psychologiquement très dur. Je me suis sentie perdue. Le plus insoutenable, c’était mon propre regard dans le miroir : comment accepter
de voir son corps changer du tout au tout en sept jours ?
C’est là que j’ai découvert la solitude face à la maladie. Il y avait le stress des études, les remarques maladroites ou cruelles des autres, la peur de ne pas trouver de petit ami… Une fois, mes plaques se sont même infectées à la jambe et j’ai fait un malaise, seule chez moi. C’est ce jour-là que je me suis dit : « Bref… il faut que ça change ! »
Psoriasis Contact : C’est dans ce moment de vulnérabilité que tu crées une magnifique métaphore en dessinant des « constellations ». Tu peux nous expliquer ?
Constantine : J’avais besoin de transformer cette douleur en quelque chose de beau. J’ai commencé à regarder mes plaques rouges non plus comme des ennemis, mais comme des constellations d’étoiles sur ma
peau. J’utilisais aussi beaucoup le thème du psoriasis pour écrire dessus : mon but à ce moment-là n’était pas tant d’adresser des petits mots à mes plaques, mais plutôt de décharger pleinement mes émotions par
le biais de l’écrit. C’était ma façon de transformer une vulnérabilité physique en une expression poétique positive. Le dessin m’a permis de prendre de la distance, de m’exprimer sans avoir à m’exposer directement
sur les réseaux sociaux, ce qui ne me correspondait pas.
Psoriasis Contact : Tu abordes un sujet très fort concernant tes études de logopédie : le fait d’avoir dû poser des limites et prioriser ta santé mentale, quitte à faire des sacrifices professionnels.
Comment as-tu vécu cette période ?
Constantine : Ça a été un déclic indispensable. Lors d’un stage, je me suis retrouvée dans un environnement très prenant émotionnellement. Mon corps a tout de suite tiré la sonnette d’alarme : mon psoriasis
flambait à cause de cette anxiété permanente. Au bout de huit semaines, j’ai pris la décision d’arrêter. C’était un choix lourd, car je savais que j’allais devoir faire une année d’études en plus. Mais choisir ma santé
plutôt que ma carrière à ce moment-là a été mon tout premier pas vers l’acceptation et la guérison.
Et le plus paradoxal, c’est ce qui s’est passé juste après, quand est venue la période de rédiger mon mémoire de fin d’études sur « Le TDAH et l’immersion ». C’était pourtant une période théoriquement chaotique
et très stressante. Mais comme j’avais appris à me protéger et à gérer mes angoisses, mon psoriasis s’est étrangement calmé cet été-là. Ça a été une double victoire pour moi : la validation académique, bien sûr,
mais surtout la fierté d’avoir brisé ce cercle vicieux où le stress dictait sa loi à ma peau. Quand on apprend enfin à s’écouter et à poser ses limites, le corps répond de manière positive.
Psoriasis Contact : Quel rôle a joué ton entourage, et le corps médical, dans cette reconstruction ?
Constantine : Mes proches ont été incroyables, même si le processus d’acceptation reste une démarche profondément personnelle et individuelle. Côté médical, j’ai eu la chance immense de trouver un
dermatologue formidable. Il est humain, à l’écoute, rigolo… Il m’a toujours écoutée avant d’imposer ses idées. Quand je vais bien, il me dit toujours en souriant : « Un jour, vous rechuterez mademoiselle ». Et il a raison ! Mais aujourd’hui, grâce à ce lien de confiance, j’accepte cette réalité. Je sais que la rémission existe, mais que la rechute fait partie du voyage. En parallèle, continuer à voir ma psychologue m’aide énormément à
gérer mon anxiété.
Psoriasis Contact : Ta BD montre que le psoriasis t’apporte aussi quelque chose de très positif : il est devenu ta muse !
Constantine : Absolument. C’est ce que j’aime le plus aujourd’hui : ce psoriasis, il m’inspire ! Au lieu de le subir, j’en fais de l’art. Toutes les questions qui me hantaient autrefois, « comment on guérit ? »,
« pourquoi ça reste ? » sont devenues le carburant de ma créativité. Les nuages sombres ont laissé place à l’inspiration. C’est la plus belle revanche que je pouvais prendre sur la maladie.
Psoriasis Contact : Quel message aimerais-tu faire passer aux jeunes (et moins jeunes) qui nous lisent aujourd’hui ?
Constantine : Si je devais parler à la version adolescente de moi-même, je lui dirais : « Ne crains pas le jugement des autres, ose vivre pleinement et n’aie pas peur de suivre une thérapie pour ton anxiété ». Le
psoriasis est un combat personnel, mais c’est aussi un enjeu de société : il faut libérer la parole pour briser les stéréotypes. Ne restez jamais isolés, gardez espoir ! Le psoriasis prend du temps, mais il apprend la force, la répartie, et surtout… l’amour de soi.
Le coup de cœur du Docteur Ghislain :
« Ayant eu la chance de découvrir ce récit en primeur, j’ai été frappé par sa sincérité et sa véracité. C’est vraiment le vécu de beaucoup de patients ! Le message ? Ne souffrons pas seuls avec notre psoriasis.
Et soignons-le au mieux, sachant qu’il y a aujourd’hui de plus en plus de pistes pour être soulagé. »
Un immense merci à Constantine pour son talent et sa confiance. En exclusivité pour cette newsletter de juin-juillet, nous vous invitons à découvrir la couverture et les extraits de sa bande dessinée sur notre site
internet.
Accès:
https://www.psoriasis-contact.be/produit/bd_psoria-quoi/
