EN PRATIQUE

La question du patient, nos spécialistes vous répondent

La question du patient

Régulièrement, le docteur Pierre-Dominique Ghislain répond à vos questions « pertinentes » concernant le psoriasis.
Par « pertinentes », nous entendons dont la réponse ne se trouve pas déjà sur notre site.

De cette manière, c’est vous qui, par votre expérience quotidienne, votre curiosité et votre envie d’en savoir plus sur la maladie, enrichissez votre site.  Cela se nomme l’interactivité ! Car ne l’oubliez jamais, ce site est votre site et il existe pour vous.

Pratiquement…

La question ne peut être adressée que via le lien Dites-moi docteur Ghislain qui est inséré dans notre lettre d’information.  Une question vous brûle les lèvres ?  Abonnez-vous gratuitement à la newsletter.


 

Julie: Y-a-t’il un lien entre la prise de poids de sa fille de 8 ans et son traitement ?

Ma fille de 8 ans à du psoriasis. Son médecin, le docteur X, qui la suit à Y, m’avait signalé lors de notre dernière visite que je devais surveiller son poids, car il avait été remarqué que chez les jeunes patients il y avait une tendance à la prise de poids. Pouvez-vous me dire par quel lien cela est possible ?

La réponse du docteur Ghislain: 

Bonjour,

Plusieurs hypothèses existent, pour expliquer ce phénomène (qui reste rare) :

– une résistance du corps à l’insuline, liée à des phénomènes inflammatoires, souvent associée au psoriasis. Je n’en ai encore jamais observé chez l’enfant.

– une moindre activité physique (si forme sévère : l’enfant évite les activités sportives, les contacts sociaux, etc)

– l’effet secondaire de certains traitements

Mais 9 fois sur 10, la prise de poids, lorsqu’elle est observée, est distincte du psoriasis.

Bien à vous,

Luc: se demande si il y a un lien entre son psoriasis au cuir chevelu et ses cheveux gris?

Je souhaiterais avoir quelques informations.  Je souffre de psoriasis depuis bientôt 10 ans (Cuir chevelu uniquement) et depuis ce temps, j’ai énormément de cheveux blancs. Je souhaitais savoir si il pouvait y avoir un lien entre les deux.  Je ne trouve rien sur ce sujet sur internet et j’ai une énorme poussée ces temps-ci.

La réponse du docteur Ghislain: 

Bonjour,

A priori, pas de lien entre psoriasis et cheveux blancs. Par le biais d’une inflammation, on peut toutefois imaginer une chute de cheveux plus importante, qui portera alors prioritairement sur les cheveux colorés, laissant les blancs visibles…

Bien à vous,

Annie: peut-on faire un tatouage ou un piercing avec du psoriasis?

Bonsoir, j’aimerais savoir quand on a du psoriasis est-ce que l’on peut se faire tatouer et piercing?

La réponse du docteur Ghislain: 

Chère Madame,

Ces deux interventions sont légères et bénignes, mais elles signifient quand même un petit traumatisme de la peau. Dès lors, les personnes sujettes au psoriasis risquent davantage de réactions, comme par exemple de développer du psoriasis aux endroits concernés. C’est loin d’être systématique, bien sûr, mais le risque existe.

Ce risque est réduit quand l’intervention est réalisée en période ‘calme’ du psoriasis.

Bien à vous,

Dimitri : L’absorption périodique de chlorure de magnésium

Bonjour, mon épouse souffre de psoriasis depuis des dizaines d’années avec des hauts et des bas. Comme elle n’est pas sur Facebook et que je suis toujours à la recherche de solution pour la soulager lors des périodes de crise je m’étonne de n’avoir pas vu ici ou sur votre site web de mention de l’absorption périodique (et même d’application) de chlorure de magnésium alors que j’ai vu pas mal de témoignages sur le web. Pourriez-vous m’en dire plus ? Bien à vous

La réponse du docteur Ghislain:

Cher Monsieur,

En effet, c’est un principe qui est souvent proposé, mais aucune étude n’a permis d’en vérifier l’efficacité. Pour la sécurité, cela ne semble pas poser de problème majeur chez des personnes en bonne santé, en respectant les dosages, mais il faut rester prudent.

Bonne journée,

Grégory: doit-on être en ordre de vaccins pour avoir une biothérapies ?

Bonsoir, je me demande si en étant sous methotrexate ou biothérapies, doit-on être à jour pour ses vaccins ? J’ai lu que ces vaccins peuvent parfois déclencher des complications donc j’hésite à les faire. Qu’en pensez-vous ?

Merci

La réponse du Docteur Ghislain

Personnellement, je pense inutile de chercher à se vacciner ‘contre tout’. Il y a des vaccins utiles dans des situations spécifiques et inutiles dans d’autres. Il y aussi des vaccins utiles sur un plan global, au niveau de toute une population. Faire la part de l’utile sur un plan, sur l’autre, et des pressions économiques qui vont de pair n’est pas facile !

La décision doit être prise sur base de facteurs de risques personnels : est-on au départ sensible à quelque chose, est-on dans une catégorie professionnelle à risque, a-t-on d’autres fragilités qui renforceraient ce risque, etc.

La collaboration avec le médecin traitant me paraît indispensable.

Docteur Ghislain.

internautes VIH et traitements pour le psoriasis ?
La réponse du docteur Pierre-Dominique Ghislain
Oui, bien sûr, la présence d’une infection par le VIH sera importante pour le choix des traitements. Rien n’est exclu, et tout dépend du stade de la séropositivité et de la charge virale. A priori, on sera très prudents avec les médicaments immunomodulateurs (type ciclosporine), tandis que les traitements topiques ne posent habituellement pas de problèmes. Ultraviolets et méthotrexate seront discutés, également du point de vue des interactions médicamenteuses avec les anti-rétroviraux. Les biothérapies ne sont pas interdites d’office ; j’ai plusieurs patients dans cette situation, avec de bons résultats et une bonne tolérance, sans complication.
Bien à vous,
Hélène: traitements biologiques et risque de cancer ?

Bonjour Docteur, j’ai un psoriasis sévère et de l’arthrite psoriasique et je suis sous traitement depuis des années avec du Ledertrexate avec un résultat peu satisfaisant pour mon psoriasis. On me parle des traitements « biologiques », mais ces traitements seraient susceptibles de déclencher un cancer surtout si on est à risque. Qu’en pensez-vous?

La réponse du docteur Ghislain:

Chère Madame,

On s’est interrogé sur le lien éventuel entre biothérapies et cancers, par prudence et par principe par rapport au mode d’action de ces traitements. Les données sont actuellement rassurantes et vont toutes dans le même sens : les cas rapportés semblent relever d’autres causes, et aucun lien formel ni aucune augmentation de risque n’ont été soulignés. De plus en plus, on propose même ces traitements à des patients qui ont eu des antécédents de certains cancers. Il est vrai qu’on approche maintenant les 25 ans de pratique avec les premières biothérapies.

On restera toutefois prudent, d’autant plus chez des personnes ‘à risque’, mais comme finalement avec tous les traitements, et rien n’est interdit d’office.

Docteur Ghislain.

Elise: allaitement et traitement

Depuis toujours, je souffre de psoriasis sur le crâne et depuis la naissance de ma fille en juin, le psoriasis ne fait qu’empirer et s’étendre autour de mes oreilles, sur le front et dans mes sourcils. Pourriez-vous m’indiquer s’il existe un traitement qui soit compatible avec l’allaitement en dehors des shampoings ?

La réponse du Docteur Ghislain

Cher Madame,

Plusieurs facteurs peuvent expliquer une poussée de psoriasis après un accouchement. Cette poussée n’est d’ailleurs pas systématique. Dans la pratique, les traitements traditionnels locaux sont souvent envisageables pendant l’allaitement. Par principe de précaution, on essayera toutefois d’en réduire la fréquence, la quantité et la durée. Les corticoïdes locaux ne posent pas de problème réel, d’autant plus que le cuir chevelu est épais et n’absorbe qu’une faible quantité de principe actif. Les dérivés de vitamine D et l’acide salicylique ne sont a priori pas dangereux, mais leur quantité sera quand même réduite. Les dérivés de goudrons (ichtyol, etc) seront souvent évités.

La réponse tiendra compte également du type exact de psoriasis et de l’état cutané (blessures). N’hésitez pas à solliciter l’avis de votre médecin.

Docteur Ghislain

Yves : climatisation et psoriasis

Bonjour, La clim dans le T.G.V. me donne une poussée de psoriasis sur le visage. Y a-t-il un traitement préventif à utiliser avant de prendre ce train ? Merci. Yves B.

La réponse du Docteur Ghislain

Cher Monsieur,

En effet, des courants d’air (surtout asséchants ou au contraire très humides) peuvent occasionner des poussées localisées de psoriasis. De même, des expositions à des changements brutaux et répétés de température sont souvent néfastes : ils favorisent l’inflammation.

En pratique, il faut veiller à avoir au départ la peau la mieux hydratée possible. On peut aussi utiliser des crèmes à action « barrière », qui réalisent comme un film de protection sur la peau. Il en existe diverses marques, toutes disponibles en vente libre.

Sans oublier, d’abord, d’éviter autant que possible ces facteurs physiques défavorables !

Bien à vous,
Docteur Ghislain

Marcela : hamman et psoriasis

Bonjour, Mon prénom, c’est Marcela. J’ai du psoriasis depuis l’âge de dix ans suite à une séparation de ma famille pour aller faire des études dans une grande ville. Bref, tout au long de ma vie, j’ai eu plusieurs poussées mais depuis ma grossesse et jusqu’à maintenant (mon fils est maintenant âgé de deux ans et huit mois), j’avais remarqué une amélioration et même la disparition de certaines plaques. Malheureusement, depuis que je suis allée au hammam, j’ai senti que j’avais agressé ma peau et les petites cicatrices se sont transformées en psoriasis. Est-ce possible ou est-ce toujours à cause du stress ?

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Le psoriasis est ainsi : une maladie spontanément fluctuante, avec des hauts et des bas. Ces variations s’expliquent quelquefois : la saison, les activités menées, le stress, les médicaments pris pour autre chose, l’alimentation, le tabac, l’alcool… Vous avez parlé de la grossesse ; celle-ci améliore souvent le psoriasis, au moins pendant la grossesse elle-même, mais quelquefois aussi pour une plus longue durée, comme chez vous. Ainsi, les patients atteints de psoriasis peuvent vivre de vraies périodes de rémission, pendant lesquelles la maladie est absente ou en tout cas très calme. Et c’est bien appréciable. Mais il est vrai que le patient garde son terrain ‘à risque de psoriasis’, et donc que la maladie peut reprendre vigueur plus tard.

La grande question est : peut-on identifier ce qui a amélioré le problème (et donc tenter de le répéter), ou identifier ce qui lui a fait reprendre vigueur (et donc tenter de l’éviter) ? Quelquefois oui, on met en évidence des facteurs favorables ou défavorables. Mais quelquefois ces fluctuations semblent échapper à toute logique, au moins en apparence. Et s’il s’agit du stress ou de la saison, on a beau savoir que cela joue un mauvais rôle, il est bien difficile de les éviter… Il faut alors essayer de les gérer au mieux, d’en diminuer l’impact, etc.

Concernant le hammam, cela ne pose normalement pas de gros problèmes. Si l’exposition a été brutale ou trop prolongée, ou si vous n’avez pas suffisamment hydraté votre peau, cela peut provoquer un dessèchement, les jours suivants. Et donc aggraver un peu – et provisoirement – le psoriasis. Mais j’imagine difficilement que le hammam ait pu induire par lui-même une aggravation forte et prolongée.

Bien à vous,
Docteur Ghislain

Claudette : cancer et psoriasis

Bonjour, Voici près de quatre ans que j’ai du psoriasis sévère survenu lors de mon cancer. J’ai fait deux cancers différents avec beaucoup de complications. Mes bras, mon dos, mes jambes et le cuir chevelu sont atteints. Des pommades, il m’en faut trop pour les étendre sur presque l’entièreté de mon corps et vu le prix… J’ai fait ensuite des UV, malheureusement, j’ai fait de l’urticaire. Prenant toujours du Femara pour mon cancer, on hésite à me donner un médicament. Je suis dans un état d’épuisement point de vue douleur articulaire et de démangeaisons. S.V.P. docteur Ghislain, pouvez-vous me conseiller ? Claudette

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Soigner un psoriasis étendu quand on prend des médicaments lourds pour d’autres raisons est toujours bien compliqué. Il faut veiller aux interactions et faire en sorte que le traitement d’un problème n’aggrave pas l’autre problème. En même temps, ce n’est pas parce qu’on a un problème de cancer, de cœur ou autre, qu’on doit endurer et supporter un psoriasis invivable. C’est la qualité de vie globale du patient tout entier qui doit primer !

En pratique, chaque situation est différente. Le dermatologue travaillera chaque fois en collaboration avec l’autre spécialiste. Ici, l’oncologue. Et je suis agréablement surpris : depuis deux-trois ans, le point de vue de ces spécialistes a bien évolué. Ils ne négligent plus comme auparavant le psoriasis comme étant « toujours accessoire » par rapport à leur « vrai problème ». Et j’ai des échanges très fructueux avec eux concernant certains patients. Manifestement, la qualité de vie globale du patient est une notion qui progresse et est mieux considérée !

D’habitude, la ciclosporine reste un médicament contre-indiqué dans les situations comme la vôtre. Par contre, méthotrexate, acitrétine, voire fumarates, peuvent être envisagés au cas par cas. Les anti-TNF sont par principe contre-indiqués, mais il existe des exceptions.

Le plus important est donc d’abord de bien montrer à l’oncologue l’impact du psoriasis sur votre vie quotidienne. Il doit en être persuadé ! À ce moment, parlez-lui des hypothèses de traitement ci-dessus. Il en exclura sans doute certaines, propres à votre situation personnelle, mais sera peut-être ouvert à d’autres. Et là, le dermatologue pourra avancer, avec vous…

Soignez-vous bien !
Docteur Ghislain

Jean : production des traitements topiques

Bonjour, En Belgique, il y a de plus en plus de crèmes anti psoriasis qui sont en rupture de stock ou même plus fabriquées par les laboratoires dont le Dovobet. Et il n’y a plus le marché de crèmes à la cortisone pour les crises aiguës. Dois-je me tourner vers une préparation magistrale ? Le Daivonex est également supprimé, je suis obligé de me rabattre sur le Dermalex, évidemment beaucoup plus cher. Le Dermovate a été en rupture de stock pendant plus de six mois. Je trouve que c’est aberrant. Bien à vous, Jean

La réponse du Docteur Ghislain

Monsieur,

Vous touchez là un point extrêmement « agaçant » pour le patient et aussi le médecin ! Et de plus en plus fréquent.

Comme toutes les entreprises, les fabricants pharmaceutiques et leurs intermédiaires (grossistes, etc.) cherchent à limiter les coûts, et donc réduisent les stocks pour travailler en « flux tendu ». Ils ne peuvent donc plus faire face à des pics de demande ponctuels. En outre, les endroits de production se raréfient et travaillent à quasiment 100 % de capacité, et pour peu qu’une usine ait un problème (panne de ligne, grève, approvisionnement d’amont déficient…), la production ne suit plus, sans possibilité de compenser par ailleurs. La production de certains composants est ainsi concentrée sur quelques usines mondiales ! Enfin, ils travaillent souvent par « quotas » nationaux, alors qu’il existe souvent un marché parallèle, achetant d’un côté chez les grossistes pour revendre au détail de l’autre côté, ce qui fausse ces quotas. La Belgique est souvent perdante, dans ce mauvais jeu…

Le pharmacien est bien mal pris, recevant aussi quelquefois des informations imprécises ou erronées : retrait ou rupture de stock provisoire ? Rassurez-vous, les Dovobet pommade et gel restent disponibles. Si le Daivonex est supprimé, il reste quand même le Curatoderm comme analogue de la vitamine D en monothérapie. Les crèmes à la cortisone sont pour la plupart disponibles, mais au gré des stocks, en effet…

Les magistrales peuvent certainement dépanner. Leurs inconvénients : moins bonne stabilité et donc moindre capacité de conservation, risque de formules peu logiques chimiquement (incompatibilités de substances), irrégularités entre pharmacies. Mais je les apprécie souvent ! Sans qu’elles soient à l’abri de ruptures de stock : elles partagent leurs composants avec les spécialités « toutes faites »…

Bonne journée !
Docteur Ghislain

Une question au téléphone : un problème à la thyroïde peut-il déclencher un psoriasis ?

Il y a quelques mois, on m’a diagnostiqué un problème à la thyroïde et peu de temps après, le psoriasis s’est déclaré. Est-ce lié ?

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame, Il n’y pas de lien direct entre thyroïde et psoriasis. On peut toutefois considérer qu’un déséquilibre de la thyroïde (et donc des hormones thyroïdiennes) n’est jamais bon pour les patients atteints de psoriasis car cela pourrait aggraver leurs problèmes cutanés. On ne se pose habituellement pas de question sur les équilibres hormonaux lors du diagnostic d’un psoriasis, et aucun bilan systématique n’est requis. On peut quand même s’interroger sur les liens entre maladies auto-immunes de la thyroïde et maladies de peau. On sait très bien que cette association est classique pour le vitiligo, par exemple (dépigmentation en plaques). Or, le psoriasis, comme le vitiligo, sont des maladies à composante auto-immune. Elles partagent donc certaines caractéristiques. Mais pas de quoi s’inquiéter : les patients atteints de psoriasis ne courent pas un risque accru de problème thyroïdien. Alors, dans votre cas, association fortuite ? Peut-être, mais pas sûr. On pourrait par exemple évoquer l’hypothèse d’un facteur déclenchant commun aux deux problèmes. Le psoriasis ne découlerait pas de l’anomalie thyroïdienne, mais tous deux seraient des conséquences différentes d’un déclencheur commun. Qui resterait inconnu, à l’heure actuelle.

Yolande : les effets secondaires de l’arthrite psoriasique

Bonjour, À la suite de plusieurs décès dans la famille (sœurs et parents), je me suis retrouvée couverte de psoriasis. Grâce aux crèmes, onguents, pommades etc. le psoriasis a fortement diminué. Il y a environ six ans, j’ai eu un orteil semblable à un morceau de merguez ; radio, visite chez le rhumato, prise de sang, le couperet est tombé : rhumatismes psoriasiques. Au départ, soignée par Ledertrexate, quatre comprimés par semaine en une prise, puis trois comprimés car les enzymes du foie montaient en flèche. Comme j’ai beaucoup d’effets secondaires, j’ai eu la mauvaise idée d’arrêter le Ledertrexate pendant les fêtes puis j’ai repris mais seulement un comprimé par semaine. J’ignore si c’est la cause de mes problèmes mais début avril, douleurs articulaires aux genoux, poignets, doigts, chevilles, orteils, fièvre, urticaire sur tout le corps, transpirations nocturnes, fatigue, manque d’appétit et déprime. Le généraliste a demandé une analyse de sang et m’a dit qu’il n’avait jamais vu un PCR aussi haut. Je dois revoir mon rhumato mais je n’ai rendez-vous que dans un mois. Pouvez-vous me dire s’il s’agit bien d’une crise ? Si celle-ci peut avoir des conséquences sur les articulations (handicaps) ? Si les crises sont fréquentes ? Je me sens tellement dépourvue. Pour ne rien vous cacher, je souffre aussi de sclérose en plaques depuis trente-huit ans ! Merci. Yolande.

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Les arthrites psoriasiques, qu’elles soient associées ou non à du psoriasis cutané, sont souvent très douloureuses et invalidantes. Si le méthotrexate est habituellement un « bon » traitement, il n’est pas toujours bien supporté, et peut nuire au foie. Dans certains cas, cela amène à devoir changer de traitement.

Votre poussée actuelle pourrait peut-être correspondre à un excès d’arthrite psoriasique, mais d’autres hypothèses doivent être évoquées. Dans ce contexte, une éruption ressemblant à de l’urticaire peut faire évoquer certaines affections auto-immunes (sans gravité toutefois). De même, les sudations, la fatigue, doivent faire rechercher d’autres causes et justifient un petit bilan plus complet. Concernant la prise de sang, le généraliste voulait sans doute parler de la CRP, qui est une protéine présente en cas d’inflammation. Le taux sanguin de la CRP est le reflet de l’intensité de cette inflammation.

Le traitement des crises articulaires est important, d’abord pour vous soulager, mais aussi pour éviter que ces articulations malades ne s’abîment. En effet, à la différence de la peau, les crises de psoriasis dans les articulations amènent progressivement des dégâts non réparables. Heureusement, il existe d’autres possibilités que le méthotrexate, pour les personnes qui ne le supportent pas ou plus. Votre rhumatologue sera la personne-clef…

Bien à vous,
Docteur Ghislain.

Bernard : l’espoir des cellules souches

Bonjour Docteur, Bonjour à tous, Si je ne me trompe pas, on parle souvent de greffes de peau et d’organes qui se régénèrent « seuls ». Dans peu, je vais être papa et une question me brûle les lèvres. Le sang de cordon est, si j’ai bien compris, une ressource incroyable qui semble soigner beaucoup de choses. Je me doute que le psoriasis n’est pas encore en voie d’éradication mais ces cellules souches pourraient-elles, dans un futur, servir notre cause ? Si oui, y a-t-il déjà des retombées de résultats ? Bien à vous, Bernard

La réponse du Docteur Ghislain

Monsieur,

C’est une piste actuellement explorée, qui a pu donner ici ou là quelque espoir, mais qui reste globalement décevante dans le domaine du psoriasis.

Pour simplifier, rappelons qu’au fil de la formation de l’embryon, les cellules se spécialisent progressivement : cellule de peau, de foie, de cheveu, de cœur, de muscle long, etc. Par la suite, chez l’enfant et l’adulte, toutes ces cellules (sauf plus ou moins les neurones) se renouvellent d’abord pour permettre la croissance, ensuite pour permettre le renouvellement face à l’usure. Mais alors, une cellule de peau donne une autre cellule de peau, une cellule de pancréas une autre cellule de pancréas, etc. Heureusement ! Alors qu’au tout début de l’embryon, il y a une seule cellule primitive, qui se divise en deux, puis devient quatre cellules, huit, seize, trente-deux… À ce moment-là, ces cellules ont encore le pouvoir d’évoluer ultérieurement en toutes sortes de cellules : les cellules sont encore totipotentes. Un peu plus tard, elles gardent le pouvoir d’évoluer non plus en toutes les sortes de cellules, mis en certaines sortes : elles sont pluripotentes. Enfin, elles se spécialisent ensuite au stade terminal et perdent le pouvoir de donner autre chose qu’elles-mêmes.

Une cellule « souche » est une cellule qui peut encore évoluer vers plusieurs formes. Les cellules souches issues d’embryon sont très riches mais posent d’énormes problèmes éthiques et médicaux. Les adultes gardent certaines cellules souches (moelle osseuse…), et celles du sang du cordon sont très bonnes.

Elles sont utilisées (ou tout au moins on essaie de les utiliser) pour compenser certains manques. Imaginez quelqu’un qui n’aurait plus de foie, et chez qui on implanterait des cellules souches à qui on dirait « reconstituez du foie » : on pourrait théoriquement voir repousser un foie complet. C’est encore utopique, mais… Quelques applications existent déjà, par exemple pour des déficits acquis ou congénitaux en certaines enzymes : vous manquez d’insuline (certains diabètes), et on vous replacerait des cellules souches capables de compenser ce manque. Vous n’auriez plus besoin des injections d’insuline, car vous la produiriez à nouveau. Au conditionnel, encore…

Vous aurez compris que ce n’est pas envisageable à ce stade pour le psoriasis. Celui-ci possède une base génétique, mais inconstante, et faisant appel à plusieurs gènes différents, et à des associations de gènes : ce n’est pas une maladie génétique « simple », dans lequel un gène précis serait manquant ou anormal. De même, le psoriasis ne provient pas d’un excès ou d’un défaut en une protéine, une enzyme, une quelconque substance sur laquelle on pourrait agir d’une manière semblable.

À l’heure actuelle, le psoriasis (les psoriasis plutôt ??) semble découler d’un équilibre perturbé, faisant appel à une base génétique, des stimulations extérieures (infection, environnement, médicaments, alimentation…), et du stress au sens large. L’un ou l’autre de ces facteurs pouvant être absent, selon le patient. Difficile à ce stade d’envisager une option de traitement par cellules souches…

Bien à vous,
Docteur Ghislain.

Christina S.: psoriasis en cas de grossesse

Docteur, Je viens de lire votre site qui est très intéressant et je me permets de m’adresser à vous pour quelques petites questions. Cela fait huit ans que je souffre d’un psoriasis inversé (autour de l’anus et derrière les oreilles) mais je ne prends pas de crème à la cortisone car j’ai vu qu’une fois qu’on arrête, c’est encore pire. Actuellement, je mets une pommade à la camomille qui me soulage quand ça gratte trop. Pendant mes vacances au bord de la mer, je n’ai pratiquement plus eu de problème – mais je pense que c’est bien connu. Maintenant mes questions: Vous avez écrit que certains anti-inflammatoires peuvent aggraver le pso. Est-ce que vous pourriez me citer ces anti-inflammatoires ? Je prends parfois (1-2 x mois) des anti-inflammatoires à cause de mes migraines. J’ai eu un premier enfant à trente ans et je voudrais en avoir un deuxième (j’ai quarante et un ans maintenant, ne fume pas, ne bois pas, fais du sport et suis en bonne santé à part des soucis que je vous ai mentionnés). Est-ce que vous connaissez des cas où des personnes ont développé une arthrite psoriasique après une grossesse ? Est-ce qu’une grossesse empire dans tous les cas le pso ? Je vous remercie d’avance de votre réponse et vous présente mes meilleures salutations. Christina S.

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Les anti-inflammatoires donnent des effets « paradoxaux » : ils devraient pourtant lutter contre l’inflammation, mais l’effet n’est pas toujours favorable sur les plaques de psoriasis. Il n’y a malheureusement pas de listes de « bons » et de « mauvais » anti-inflammatoires quand on souffre de psoriasis.

Pour la grossesse, on considère que la majorité des femmes ont un psoriasis calmé pendant cette période. Mais quelques-unes ont des périodes d’aggravation. Et c’est imprévisible, par rapport au patient, à la forme du psoriasis, etc. Ce qui ne vous aide pas beaucoup… Mais le plus important : le psoriasis a une évolution imprévisible pendant la grossesse, souvent dans le bon sens mais pas toujours, mais dans tous les cas il existe des moyens pour vous aider pendant ces neuf mois. La grossesse n’empêche pas de se soigner, sans risque pour l’enfant.

Bien à vous,
Docteur Ghislain.

Bernadette : un psoriasis aux mains et aux pieds

Bonjour. Une petite question. Je souffre de psoriasis aux mains et aux pieds. C’est très douloureux. Je me soigne avec du Neotigason et de la pommade Dovobet. Je souffre aussi de coeliaque. Ya t-il un rapport entre ces deux maladies ;? Que puis-je employer comme crème hydratante pour éviter les crevasses qui soit efficace ;? Je n’arrive plus à me chausser. En plus, je suis femme d’ouvrage ce qui n’arrange rien à mon avis. Je vous remercie de me répondre et vous envoie mes sincères salutations et vous remercie pour votre dévouement.

La réponse du Docteur Ghislain

Le psoriasis des mains et des pieds est souvent très difficile à vivre. Il est à la fois visible socialement (difficile à cacher) et souvent douloureux (crevasses, fissures). Il peut mener à une vraie incapacité de travail et gêne la vie quotidienne (marche, vaisselle, nettoyage, finesse du mouvement des doigts, vie intime…). Plus encore que pour le psoriasis « classique », les traitements sont souvent décevants. Pourtant, des mesures existent, souvent simples. En vacances, cela va souvent mieux : moins de facteurs irritants chimiques, bains d’eau salée, soleil… Nous pouvons nous en inspirer pour le quotidien : un peu de sel dans de l’eau tiède, des gants pour manipuler les détergents, du coton, des chaussures « qui respirent ».

À côté des prescriptions médicales, les crèmes pour pied diabétique peuvent être utiles, ainsi que divers traitements locaux traditionnels pour les crevasses. Le psoriasis des mains et des pieds peut aussi justifier la prise de traitements oraux, comme celui que vous citez, qui présente comme inconvénient d’augmenter encore la sécheresse de la peau.

Concernant la maladie coeliaque, il n’y a pas de lien prouvé actuellement avec le psoriasis, mais seulement quelques observations isolées et quelques théories non confirmées.

François : ablation des amygdales

Bonjour, Je serais intéressé de savoir si lors de l’ablation des amygdales, on peut remarquer une amélioration d’un psoriasis ? J’ai appris que des scientifiques travaillaient sur cette piste. Merci d’avance de votre réponse.

La réponse du Docteur Ghislain

Certainement ! Cela a même fait l’objet d’une petite étude en Belgique. Il y a une logique : les amygdales peuvent être un réservoir à bactéries. Or, celles-ci synthétisent des toxines et induisent des réactions immunitaires, qui peuvent être à l’origine d’une poussée de psoriasis, voire d’un déclenchement. C’est particulièrement vrai pour les formes « en gouttes », chez l’enfant et l’adolescent. Dans ces situations, on a pu observer des améliorations très nettes, ou même des guérisons, après ablation des amygdales. Mais ne rêvons pas : cette opération ne « guérit » pas du psoriasis, et ne peut être indiquée que pour certains patients particuliers. En outre, il est toujours difficile de tirer des conclusions générales à partir d’observations plus ou moins isolées : un cas ne fait pas la règle. Et enfin, dernière déception, une étude toute récente, internationale, fait état de l’absence d’intérêt de l’ablation des amygdales dans le traitement du ou des psoriasis… Alors ? Que conclure ? Une fois de plus, la question est à discuter avec le médecin, en tenant compte des caractéristiques propres au patient.

Bernard : la maladie de Hailey-Hailey, un psoriasis inversé ?

Bonjour Docteur Ghislain. Voilà, j’ai reçu la visite d’un médecin contrôle chez moi car j’étais malade. En discutant avec lui de la pathologie Hailey-Hailey qu’on m’a découverte, il m’a dit que ce que j’ai était juste un nom donné pour dire que mon psoriasis était placé à un mauvais endroit. Qu’un psoriasis est normalement situé ailleurs que dans les plis de la peau. Or, il me semblait avoir compris que : – Un psoriasis est situé sur une partie du corps lisse ou du style coude externe, genou externe… – Un psoriasis inversé est situé dans les plis et parties « cachées » de la peau (aisselles, entre-jambes, entre les doigts de pieds…). Un Hailey-Hailey est un faux-psoriasis situé dans les plis et est une pathologie encore plus rare que le psoriasis. Quid ? Merci pour vos aides si précieuses.

La réponse du Docteur Ghislain

Vous avez raison à 100 %, et le confrère que vous avez rencontré a malheureusement fait une confusion. La maladie de Hailey-Hailey, ou « pemphigus bénin familial », est une maladie spécifique, totalement distincte du psoriasis. C’est en fait une peau « fragile », qui se sépare en couches parallèles, dans son épaisseur. Cela produit des décollements bulleux fragiles, vite érodés (mis à vif). Cela atteint particulièrement les plis, par exemple inguinaux. C’est une maladie génétique familiale. La confusion réalisée ici est fréquente. La maladie de Hailey-Hailey n’est pas exceptionnelle, mais elle reste mal connue en dehors du monde dermatologique. Beaucoup de patients s’ignorent et sont traités pour d’autres affections (mycoses, psoriasis…) apparaissant comme un intertrigo (une maladie du fond des plis cutanés). Le traitement n’est pas facile, et reste uniquement symptomatique. Il peut toutefois nettement améliorer le confort du patient.

Arlette : comment traiter le psoriasis de la bouche ?

Bonjour à vous. Je suis âgée de quarante-neuf ans et je souffre de psoriasis du cuir chevelu depuis l’âge de quatorze ans. Depuis un an, je souffre également d’un psoriasis en gouttes sur tout le corps. Depuis dix-huit ans, j’avais des douleurs permanentes au niveau des gencives et de la bouche. J’ai vu un nombre impressionnant de médecins et de dentistes… Un dermatologue a fini par me faire une biopsie vu l’état de mon palais et de mes gencives. Diagnostic ;: psoriasis de la bouche. Traitement très compliqué car j’ai eu un cancer du sein en 2007. Connaissez-vous des cas similaires au mien. Si oui, quels traitements ont été entrepris ?

La réponse du Docteur Ghislain

Le psoriasis de la bouche (et de la langue) n’est pas exceptionnel. Il ne s’agit finalement que d’une muqueuse comme une autre, et l’on sait que le psoriasis peut se développer aussi sur les muqueuses génitales. En pratique, l’atteinte buccale est souvent peu gênante. On considère même que la « langue géographique » serait un équivalent de psoriasis, et c’est presque toujours asymptomatique (sans ressenti pour le patient). Par contre, quelques formes peuvent être vraiment gênantes, voire douloureuses. Il faut alors les différencier du lichen buccal, ce qui nécessite quelquefois une biopsie, comme chez vous. Le traitement est encore plus difficile que pour le psoriasis du corps (imaginez appliquer une pommade sur l’intérieur des joues, les gencives, etc.). On propose souvent des bains de bouche, d’abord simplement apaisants. Attention aux antiseptiques, quelquefois irritants. On passe ensuite aux applications d’emplâtres buccaux, comme pour les aphtes. Un peu malaisé mais efficace. Des bains de bouche à la ciclosporine peuvent être envisagés (mais font courir un risque – théorique – en cas d’antécédent de cancer).

Des bains de bouche à la ciclosporine peuvent être envisagés (mais font courir un risque – théorique – en cas d’antécédent de cancer).

Et puis, bien sûr, quand cela est justifié, les traitements systémiques « habituels »… Et, toujours, les mesures d’accompagnement, du genre « éviter le très chaud, le trop épicé, le très acide ».

Et espérer une rémission la plus proche et la plus longue possible (l’évolution naturelle se fait par crises).

Fabienne : comment traiter un psoriasis inversé ? 

Fin février, j’ai appris que j’étais atteinte du psoriasis inversé. La dermatologue m’a prescrit une préparation, un hydratant, une lotion nettoyante sans savon. Y a t-il des aliments interdits (ex. : lait de vache) ? Parfois j’ai l’impression que tout mon corps me chatouille. Quel comportement adopter lors des règles ? Je suis un peu perdue face à cette maladie. Dois-je aller voir un dermatologue spécialisé ? Je pars quelques jours en vacances en espérant que le soleil m’aidera physiquement et moralement.

La réponse du Docteur Ghislain

Le psoriasis inversé : encore une forme difficile, très pénible à vivre, souvent manquée dans son diagnostic, et peu connue du grand public, voire de certains médecins ! Il s’agit donc d’une atteinte du fond des plis (creux des bras, plis inguinaux, pli sous la poitrine…). Hydrater et utiliser un nettoyant doux sont en effet à la base du traitement. Mais s’agissant d’une atteinte des plis, éviter la macération ! Bien sécher, utiliser un hydratant fluide en émulsion.

Pas plus que dans le psoriasis en plaques, il n’y a d’aliments interdits. Certaines hypothèses qui se basent sur le rôle de l’inflammation digestive suggèrent de faire un régime sans lait de vache et/ou pauvre en produits céréaliers. Ces régimes sont le plus souvent inutiles. En fait, il est sans doute vrai que quelqu’un qui est intolérant à ces substances verra son psoriasis plus actif en période de crise, quand il ne respecte pas son régime. Mais de là à appliquer ces restrictions à tous les patients atteints de psoriasis… Non, en pratique, voyons d’abord comme est notre digestion. Sans douleurs, sans troubles du transit, sans autre anomalie digestive, il y a très peu de chances qu’un tel régime améliore notre psoriasis.

La question concernant les menstruations (règles) est judicieuse, et beaucoup de femmes se la posent. Eviter les protections trop synthétiques ou trop fermées, choisir des matières douces, se laver fréquemment, mais à l’eau claire ou avec un nettoyant sans savon.

L’avis d’un dermatologue spécialisé n’est pas chaque fois nécessaire. Un dermatologue « général » connaît bien la question, habituellement.

Une consultation supplémentaire apportera quand même quelquefois des éclaircissements, un autre éclairage, et, faute de guérir du problème, permettra de mieux le connaître et de mieux le gérer.

Quant au soleil, il sera en effet bénéfique sur ces deux tableaux, physique et psychique. Mais en évitant les excès, bien sûr : les bienfaits du soleil sont d’autant plus nets qu’on évite l’exposition directe prolongée.

Bernard : des verrues sur un psoriasis inversé

Bonjour Docteur, Sur mon psoriasis inversé, j’ai remarqué la présence de verrues. Au départ, ce furent une ou deux, que je suis allé me faire brûler chez mon médecin traitant. Ensuite, ce furent six ou sept. Là, je suis allé acheter une bombe Wartner (petit système pour congeler les verrues). Mais je remarque qu’elles sont de plus en plus nombreuses. Elles ne sont placées que sur les zones de psoriasis. Nulle part ailleurs. Est-il possible qu’il y ait un lien ? Sinon, y a-t-il un produit spécifique que je pourrais utiliser sans risquer de blesser mon pso ? Merci pour votre aide si précieuse. Bien à vous.

La réponse du docteur Ghislain :

Cher Monsieur,

Le terme « verrues » peut correspondre à plusieurs types de lésions, certaines liées à l’âge et au familial, d’autres induites par un virus et contagieuses. Quel que soit le type, il n’y a pas de lien formel connu par rapport au psoriasis. Mais certaines verrues affectionnent les plis, comme le psoriasis inversé, et on peut donc les voir associées. En outre, les corticoïdes locaux utilisés dans le traitement du psoriasis peuvent favoriser le développement des verrues virales.

Dans un premier temps, il serait donc utile d’objectiver la nature de ces verrues, par exemple en pratiquant une biopsie (prélèvement d’un petit morceau de la lésion afin de l’analyser au microscope). Ensuite viendra le traitement, et vous avez raison de craindre que certains produits anti-verrues puissent irriter le psoriasis. La première « clef » est de n’appliquer que la quantité nécessaire du produit, et de se limiter à la verrue elle-même, pour éviter tout débordement. La deuxième « clef » est de choisir un produit efficace sur la verrue mais doux pour la peau (la quadrature du cercle, en quelque sorte). En ce sens, un traitement « physique » peut être préférable : azote liquide véritable (pas neige carbonique ni protoxyde d’azote) ou cautérisation. Car si le traitement est plus brutal, il est plus précis et plus court. La troisième « clef », logique, est de choisir le traitement adapté au type de verrue : les corricides peuvent être utiles pour les verrues virales mais pas pour les autres… En espérant que vous en serez rapidement débarrassé !

Jean : les traitements à base de corticostéroïdes

Bonjour, je m’appelle Jean. J’habite La Hulpe en Belgique. J’ai 46 ans. Tout d’abord merci pour votre rubrique. J’ai du psoriasis depuis plus de dix ans maintenant et je suis découragé du peu de résultats des traitements. J’ai des plaques de psoriasis sur les coudes et les genoux + à l’aine. J’ai utilisé Daivonex crème durant de nombreuses années, matin et soir, mais avec peu de succès. Dovobet par contre marche bien – résultat très rapide – mais mon dermato me dit que je ne peux l’utiliser que durant un mois. Dès que j’arrête une semaine ou deux, les plaques reviennent tout de suite. Pourquoi ne puis-je utiliser le Dovobet en continu et existe-t-il un autre traitement à utiliser en alternance ? Merci de vos précisions.

Docteur Ghislain

En règle générale, le médecin sera prudent lors de l’utilisation de traitements locaux comportant des dérivés de cortisone. En effet, même s’il s’agit d’une hormone naturelle, produite tous les jours par notre corps, son usage exagéré peut avoir des conséquences négatives, même localement : amincissement et fragilisation de la peau, rougeurs, vergetures, changements de couleur, croissance des poils, et quelquefois conséquences à l’intérieur du corps, en cas de quantités de pommade vraiment importantes.

Et pourtant, c’est l’un des traitements les plus rapidement et les plus fortement efficaces sur le psoriasis !

Il y a de nombreuses sortes de cortisones en pommade, avec des effets et des risques différents. Le médecin vous conseillera en fonction des caractéristiques propres à votre problème et à vos caractéristiques de patient (sexe, âge, autres maladies,…). Le médicament local dont vous parlez associe deux principes actifs : un dérivé de cortisone et une sorte de vitamine D. La cortisone va diminuer l’inflammation (rougeur, chaleur, démangeaisons des plaques) et la vitamine D va prolonger cet effet et ralentir le renouvellement des cellules. Elle va en même temps exercer un effet protecteur sur la peau vis-à-vis des mauvais effets de la cortisone. D’où l’intérêt de ce médicament qui associe les deux principes actifs.

On propose souvent au patient d’interrompre progressivement l’usage d’une pommade qui a donné de bons résultats, afin d’éviter une récidive rapide et quelquefois brutale. Car alors, le patient sera déçu et sera tenté d’utiliser en continu le traitement, ce qui peut être mauvais. On diminue donc les quantités et les fréquences d’application des pommades, par exemple en alternant ces pommades avec d’autres plus légères, destinées à l’« entretien ». On peut aussi signaler que de récentes études cliniques ont été très rassurantes pour l’usage répété du médicament que vous citez. La notice d’utilisation a d’ailleurs été changée et ne limite plus l’usage à un seul mois, à condition que le patient soit bien suivi par son médecin. Il ne s’agit pas pour autant d’utiliser cette pommade en permanence, mais bien de l’utiliser logiquement, selon le besoin.

Sofiane : comment gérer au mieux l’après PUVA thérapie

Bonjour, j’ai quarante et un ans et je suis infirmier au service des urgences à Alger. Je suis atteint d’un psoriasis étendu et j’ai suivi trente séances de puvathérapie au service de dermatologie du CHU Mustapha. Malgré de bons résultats, des plaques de psoriasis persistent sur mes jambes et j’ai peur d’avoir une autre poussée. Quelle est la conduite à tenir dans ce cas ? Merci.

Réponse du docteur Ghislain

On observe que la PUVA thérapie donne souvent de bons résultats au bout de plusieurs semaines d’utilisation. Dans les articles médicaux, on parle d’une amélioration moyenne de 70 à 80 %. Si certains patients sont totalement délivrés de leurs plaques de psoriasis, d’autres en gardent certaines, à des endroits plus difficiles ou sur des zones de peau plus épaisse. On peut aider les UV à faire partir ces zones de résistance en utilisant certaines pommades dans la même période. Par exemple, alterner les crèmes hydratantes et les pommades « actives » (vitamine D et/ou dermocorticoïdes adaptés). Par la suite, la PUVA thérapie permet souvent une rémission plus ou moins prolongée (plus longue en tout cas qu’avec la plupart des autres traitements, qui sont dits d’effet « suspensif »). Pour augmenter encore le temps de rémission, on peut être tenté d’entretenir le résultat en réalisant quelques bancs solaires non médicaux. C’est une mauvaise idée : les UV sont différents, et on augmente alors leur effet délétère sur la peau (vieillissement, assèchement, risques de cancers). Par contre, hydrater encore, par différentes méthodes, et traiter d’emblée les petites plaques qui auraient tendance à revenir est certainement une bonne idée ! Bien sûr aussi, se mettre dans des conditions positives pour maintenir la bonne réponse est souhaitable, mais c’est plus facile à dire qu’à faire…

Patricia : question sur la dépigmentation

Depuis environ deux ans maintenant, j’ai de plus en plus de pso sur les bras, le ventre, le dos,… Mais c’est une multitude de petites gouttes, qui desquament rarement mais surtout elles sont dépigmentées, alors que sur les jambes, les coudes…, » cela reste un pso « normal » (enfin comme j’ai toujours connu). Pourriez vous m’expliquer cette dépigmentation (d’autant que je ne pense vraiment pas que ce soit une autre maladie de peau).

Docteur Ghislain

On observe souvent des zones de peau qui restent blanches à l’endroit d’anciennes plaques de psoriasis. La zone blanche peut sembler d’apparition spontanée (la plaque de psoriasis était partie d’elle-même) ou sembler suivre l’application de traitements locaux à base de dermocorticoïdes (qui peuvent favoriser une dépigmentation locale, partielle et passagère).

La cause principale est l’inflammation qui a accompagné la plaque de psoriasis. Cette inflammation détruit les cellules pigmentaires situées dans la plaque. Après disparition de la plaque, il peut persister une zone blanche ou au contraire une zone plus foncée, comme « bronzée » en permanence. Ces teintes anormales s’estompent avec le temps.

Il est bon d’hydrater correctement ces régions et de les protéger particulièrement du soleil et des UV en général. Une exposition progressive à la lumière aide à les faire disparaître, mais il est important d’y aller lentement car l’effet contraire est possible (accentuation des différences) !

Bien à vous,
Docteur Ghislain

Yves : question sur le thymus

Question sur le thymus sert de lieu de maturation aux lymphocytes T et joue un rôle dans la protection contre l’auto-immunité.

Bonjour docteur, Je viens de lire : « Le thymus sert de lieu de maturation aux lymphocytes T et joue un rôle dans la protection contre l’auto-immunité. » Je serais intéressé de connaître sa fonction et les répercussions éventuelles lorsqu’on est atteint de psoriasis. À votre connaissance, est-ce qu’une recherche a déjà été effectuée dans ce domaine ? Recevez, docteur, tous mes remerciements pour les réponses que vous faites aux différentes questions qui vous sont posées. Je trouve ce mode d’échange très intéressant. Bonnes fêtes de fin d’année. Yves (France)

Docteur Ghislain

Cher Monsieur,

Votre question m’a stimulé intellectuellement. De prime abord, je me suis dit qu’il ne devait pas exister grand-chose en guise de recherche sur cette question… Pourtant il existerait une logique théorique entre la fonction du thymus et certains éléments physiopathologiques du psoriasis.

Une petite étude de la littérature a confirmé la pauvreté des données scientifiques sur cette question. Les quelques articles publiés sont essentiellement anecdotiques. Une des raisons est que le thymus joue un rôle fondamental au début de la vie, mais qu’il s’atrophie et devient très peu fonctionnel ensuite. Pour autant, rien ne dit qu’il ne joue plus aucun rôle. Dans d’autres situations que le psoriasis, certaines publications vont en ce sens. Mais pour l’instant, rien n’est réellement connu pour le psoriasis, par rapport au thymus.

Ni sur un plan des processus de développement de la maladie, ni sur un effet éventuel des « traitements » visant à stimuler ou freiner le thymus, ni encore sur un effet des divers « extraits de thymus » que l’on peut trouver sur le marché. Donc la porte est grand ouverte pour une recherche appliquée dans ce domaine !

Bonne journée,
Docteur Ghislain.

Mélanie : hypertension et ongles cassants

Bonjour, Mon époux prend du Soriatane 50 mg par jour et depuis qu’il a commencé le traitement, il a toujours une tension haute. Est-il possible que cela vienne du Soriatane ? Il a aussi les ongles des mains qui cassent pour rien. Merci d’avance, Mélanie

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Á ma connaissance, il n’y a pas de lien direct connu entre Soriatane/Néotigason (acitrétine) et hypertension artérielle. Un patient n’est pas l’autre, mais il n’y a pas de lien logique à envisager. Par contre, pour les ongles, le lien est très logique. On observe souvent des problèmes avec ce médicament : ongles cassants, bords irrités, petits bourrelets. Dans certains cas, cela amène à devoir réduire le dosage du médicament.

Bien à vous
Docteur Ghislain.

Pierre: comment soigner un psoriasis unguéal ?

Je fais du psoriasis unguéal (de 4 ongles aux pieds et un ongle de la main) c’est douloureux et difficile à vivre par rapport au regard de l’autre…  J’ai toujours fais du pso léger sur le cuir chevelu, les oreilles et d’autres parties du corps qui grattaient, mais là depuis un an je n’en peux plus.  2 dermato et 2 réponses identiques, les ongles y a pas grand-chose à faire. Je les ramollis avec Onyster pour pouvoir les couper au plus court puis passer une pommade Diptolène sur le lit de l’ongle mais pas d’amélioration. Y-a-t’ il d’autres solutions ?

Merci

La réponse du docteur Pierre-Dominique Ghislain:

Cher Monsieur,

En effet, c’est une forme difficile. Il arrive même qu’on prescrive des médicaments par la bouche pour traiter une atteinte des ongles. Mais on essaye toujours d’éviter ces médicaments, pour limiter le risque d’effets secondaires. Localement, on peut aussi réaliser des injections à la base des ongles. C’est efficace, mais douloureux, et cela n’empêche pas la récidive, ensuite. Les massages réguliers avec des crèmes type Diprolène restent souvent un bon choix. L’évolution est longue, et quelquefois inattendue : améliorations soudaines sans cause claire…

Bien à vous,

Mélanie: Y-a-t’il un lien entre psoriasis et poids?

Ma fille de 8 ans à du psoriasis. Son médecin,  m’avait signalé lors de notre dernière visite que je devais surveiller son poids car il avait été remarqué que chez les jeunes patients il y avait une tendance à la prise de poids. Pouvez-vous me dire par quel lien cela est possible le et avez-vous de la documentation  pour m’expliquer cela?

Et est-ce que le psoriasis joue sur l’immunité générale car ma fille est beaucoup malade cette année  alors que, comme chaque année,  elle prend un vaccin oral, le bronchovaxum. 3 angines virales… depuis octobre. Trachéite aussi…

La réponse du  docteur Pierre-Dominique Ghislain :

Chère Madame,

A ma connaissance, on ne connait pas de manière absolue la raison de cette association poids – psoriasis. Il y a d’ailleurs plusieurs théories, selon lesquelles c’est ou le poids ou le psoriasis l’élément premier qui induit l’autre.On parle bien sûr beaucoup du ‘syndrome métabolique’ (ensemble qui lie sucre-poids-tension-psoriasis-…), du rôle des activités physiques et de l’impact du psoriasis sur les sorties sociales… Les traitements ne sont pas censés jouer un rôle dans cette possible prise de poids.
En fait, tout tourne autour de l’inflammation induite par le psoriasis, qui pourrait avoir un certain retentissement plus général. Cela reste toutefois le plus souvent minime. Le psoriasis est bien sûr lié à l’immunité, mais plutôt dans le sens de « l’excès ». Certains patients observent systématiquement une aggravation des plaques après une angine, par exemple, à cause de la stimulation immunitaire qu’elle a induite. Ce n’est apparemment pas le psoriasis lui-même qui rend plus sensible aux infections, mais plutôt les infections qui accentuent le psoriasis. Sauf dans le cas d’effets secondaires de traitements, bien sûr.

Bien à vous,

Jacky: psoriasis sur les paupières?

Bonjour, j’ai du psoriasis léger depuis plusieurs années. Depuis mon opération de la cataracte en septembre et octobre, je « souffre  » de blépharite importante (gêne à la lumière,  » grains de sable », paupières gonflées). Malgré visite et revisite chez l’ophtalmologue et divers gels et gouttes, aucune amélioration. Y aurait-il une relation avec le psoriasis ? Merci de votre réponse.

La réponse du docteur Pierre-Dominique Ghislain :

Cher Monsieur,

Le psoriasis lui-même vient rarement sur les paupières (mais c’est possible). Par contre, il est fréquent d’y développer une dermite séborrhéique (dans une forme qu’on appelle même alors ‘sébopsoriasis’). On considère cela comme une forme d’irritation mixte, entre psoriasis et eczéma. C’est favorisé par le développement de petites levures au départ banales.

C’est souvent difficile à traiter définitivement. Les crèmes antimycosiques (champignons) peuvent aider, de même que des applications de compresses de camomille, des massages doux et tièdes…

Bonne journée !

Pascal: À propos de l’interaction médicamenteuse

Bonjour Docteur, Je suis âgé de quarante-huit ans, je fais du « pso » depuis l’âge de vingt-trois ans, cela fait un bail, j’ai déjà tout essayé comme traitement mais en vain. Depuis cinq ans, je suis déficient immunitaire, je reçois tous les vingt-huit jours quatre perfusions de Multigam prescrites par mon pneumologue le Docteur M. J’étais également suivi par un rhumatologue qui était contre un traitement aux anti-TNF. Avec le conseil de mon pneumo, je suis allé voir un autre rhumatologue et un autre dermato de la région de Charleroi où j’habite. Le Docteur R. m’a prescrit du Ledertrexate et de l’Arava et se renseigne sur les effets du Multigam et des anti-TNF. D’après lui, lors d’un congrès aux États-Unis fin 2010, les anti-TNF sont moins dangereux que le Médrol que je consomme depuis des années en fortes doses. Quand je suis en crise, je monte à 96 mg/jour. Il m’a fait réduire ma consommation de Cortisone et actuellement je n’en prends plus. Pouvez-vous me renseigner sur la compatibilité de ces traitements. Cordialement,

La réponse du Docteur Ghislain

Cher Monsieur,

Il y a plusieurs sous-questions dans votre demande. D’abord, celle des interactions médicamenteuses. C’est un point important, souvent sous-estimé. La prise de deux médicaments en même temps peut avoir des effets multiples et différents : annulation d’efficacité, ou augmentation, de l’un, de l’autre, ou des deux. Induction d’effet secondaire, qui ne serait pas survenu en présence d’un seul des deux médicaments. Ou développement d’une intolérance. La plupart du temps, ces interactions sont déjà bien connues. Les pharmaciens sont particulièrement conscients du problème et disposent d’ailleurs de logiciels d’aide spécifiques.

Sur la cortisone prise en comprimés ou injections, il est évident qu’on préfère l’éviter, même si elle est encore souvent nécessaire pour traiter les formes articulaires. En dermatologie, son usage est exceptionnel. Son usage répété à hautes doses est nocif, certainement.

Concernant les anti-TNF, je serais encore prudent dans l’évaluation de leurs effets à moyen et long terme. On peut être rassuré actuellement, mais on a besoin de beaucoup plus de recul pour se faire une opinion permettant de les comparer aux traitements conventionnels. Je n’hésite pas à en prescrire chaque fois que nécessaire, sans arrière-pensée, mais je ne rejoins pas encore certains médecins qui les proposeraient bien comme premier traitement, s’ils coûtaient moins cher.

André: Pourquoi doser la posologie d’un traitement ?

Bonjour Docteur, Des suites d’une polyarthrite (tout d’abord diagnostiquée rhumatoïde puis à présent reconnue psoriasique), je prends 2 x 3 gélules de 2,7 mg de Ledertrexate les deux derniers jours de la semaine en alternance avec une gélule quotidienne d’acide folique. En traitement depuis plus d’une année, je me porte globalement assez bien mais je suis cependant inquiet. La posologie préconisée ayant augmenté dernièrement, est-ce que cela signifie que les résultats obtenus de mes dernières analyses effectuées sont mauvais, négatifs et que mes troubles sont en augmentation ? Par ailleurs, je me plains souvent auprès de ma rhumatologue de douleurs s’accentuant au niveau des tissus mous (ainsi appelés par mon médecin) de mes deux talons. Ces douleurs lancinantes et parfois plus tenaces se manifestent de manière assez anarchique avec toutefois des pics plus aigus le soir et aussi après la marche à pied. Plus encore, la course à pied m’est devenue impossible à pratiquer car alors le mal (plus présent encore le lendemain matin) devient quasi insupportable. Quelle est donc la relation entre cette manifestation physique et la polyarthrite dont je suis atteint ? Merci de m’éclairer. Meilleures salutations,

La réponse du Docteur Ghislain

Cher Monsieur,

Comme l’exige cette formule, je vous répondrai de manière un peu générale, de façon à intéresser tout le monde. 

Dans le suivi du psoriasis articulaire, le rhumatologue s’intéresse par exemple aux signes de l’inflammation (CRP…). C’est pour lui un bon baromètre de l’état des articulations, à côté des plaintes rapportées par le patient.

Prise de sang, point de vue du patient et examen clinique sont les trois éléments qui lui permettent d’adapter le traitement, à la hausse ou à la baisse, sans oublier la prise de sang faite pour vérifier qu’il n’y a pas d’effet secondaire. En absence d’effet secondaire, on maintiendra la posologie en cours ou on l’augmentera si nécessaire.

Pour la douleur des talons, soulignons tout d’abord qu’elle peut en effet être très importante et empêcher de mener une vie normale ! Il existe plusieurs causes. Des calcifications, de l’arthrose, de l’arthrite, des tendinites… Qu’a-t-on déjà réalisé comme examen ? Echographie, radiographie… ? Cela permettrait d’avancer dans le diagnostic et donc dans la réflexion sur la cause et le traitement.

Michel: Le masque Fangocur : est-il à recommander ?

Cher Docteur, Je viens de recevoir une publicité vantant les mérites contre le psoriasis du « masque minéral médical de Fangocur ». Connaissez-vous ce produit, et dans l’affirmative, pouvez-vous me dire ce que vous en pensez ? Merci d’avance.

La réponse du Docteur Ghislain

Merci pour votre question. Autant je crois être ouvert aux approches « non classiques » de la médecine (médecines dites parallèles), autant il faut aussi pouvoir clairement dénoncer des abus voire des arnaques. Tout n’est pas bon et les charlatans existent encore. La recherche du profit n’est pas l’apanage de l’industrie pharmaceutique mais peut hélas aussi corrompre ceux qui défendent une « autre médecine ». Dans l’exemple que vous citez, sans juger le produit, que je ne connais pas, je vois plusieurs phrases qui me font réagir. Certes, la plupart des traitements disponibles ne font « que » soulager et ne traitent pas « à la cause ». Mais soulager est déjà bien… quand il n’existe rien pour traiter fondamentalement. La recherche avance, sûrement pas assez vite. Au-delà des affirmations publicitaires, vérifiez toujours la présence d’études scientifiques et leur qualité (nombre de patients, etc.) Il ne suffit pas d’écrire quelques belles phrases pour qu’un produit soit efficace… Quant aux témoignages, si certains sont simplement faux, la plupart sont vrais mais ininterprétables : qui ne sait pas que le psoriasis est par lui-même très fluctuant ? Un cas particulier ne fera jamais une règle. Cinq cas particuliers non plus…

Autre phrase surprenante : le produit va activer l’irrigation sanguine et le métabolisme des plaques de psoriasis. Mais c’est justement cela le problème dans les plaques : l’excès de sang et de métabolisme. Tout patient atteint de psoriasis le sait… Cela dit, si le langage utilisé est contestable, dans l’exemple cité, je pense que le produit peut être intéressant, par l’hydratation et le drainage de la peau, et l’apaisement induit.

Anne: j’ai peur des effets secondaires si je prends méthotrexate.

Bonjour Docteur, le rhumatologue me propose le méthotrexate pour mon rhumatisme psoriasique, mais j’ai très peur des effets secondaires (fatigue, baisse d’immunité…), et je préfère me soigner avec des antidouleurs. D’autre part, je me demande comment on fait lorsqu’on doit arrêter le méthotrexate, pour maîtriser ensuite le psoriasis. Les biothérapies présentent aussi beaucoup d’effets secondaires. Que pensez-vous des cabines infra-rouges à domicile pour calmer les douleurs, et, pour le psoriasis, est-ce que la chaleur d’une cabine I.R ne risque pas de l’aggraver ? Merci de votre réponse.

La réponse du Docteur Pierre-Dominique Ghislain.

Chère Madame,

Le méthotrexate n’est pas anodin et doit être pris avec prudence, mais c’est aussi un médicament très ancien, qu’on connaît bien et qu’on maîtrise donc mieux que des substances plus récentes. En pratique, il y a peu de problèmes, et il présente l’avantage de procurer un effet relativement durable. En tout cas, dans les traitements pris comme comprimés, c’est celui dont l’effet peut perdurer le plus longtemps. Il ne donne pas non plus d’effet de rebond (récidive brutale et forte à l’arrêt du traitement). Les antidouleurs ne sont pas non plus sans risques (différents), mais surtout ils n’agissent pas du tout sur l’inflammation des articulations, qui peuvent donc continuer à s’abîmer. Ils soulagent mais ne traitent rien. En quelque sorte, ils cachent le problème et le laissent évoluer silencieusement… Pour les biothérapies, à ne pas prendre à la légère non plus, on ne peut pas encore parler de nombreux effets secondaires. Par rapport aux traitements traditionnels, on considère aujourd’hui qu’elles sont mieux tolérées. On dispose d’une vingtaine d’années de recul, ce qui devient significatif et fiable. Elles ne constituent pas une panacée mais peuvent soulager et traiter.
Les cabines infra-rouges peuvent certainement aider sur le plan des douleurs articulaires, et jusqu’à présent je n’ai jamais observé de répercussions dues à la chaleur induite, pour peu qu’elles soient utilisées correctement.

Bien à vous,

Corinne: A du psoriasis dans la bouche…

Bonjour, je souffre de psoriasis sur le visage et sur le cou et les oreilles et depuis quelque temps j’ai des lésions dans la bouche, la langue, les gencives ainsi que la gorge. Avec des bains de bouche, ça guérit peu à peu mais les lésions dans la gorge sont toujours plus ou moins présentes. Je ressens un besoin de tousser depuis quelques semaines et je me demande si ce sont les lésions de la gorge qui créent une démangeaison au niveau de l’œsophage et j’aimerais savoir si le psoriasis peut aller jusqu’à l’œsophage ce qui expliquerait ce besoin de tousser par moment. J’espère être claire et d’avance, merci pour l’attention que vous porterez à mon témoignage et à mes questions.

La réponse du docteur Pierre-Dominique Ghislain:

Chère Madame,  en effet, on a décrit que certaines lésions dans la bouche pouvaient être en rapport avec un psoriasis. Mais ce n’est pas si fréquent, et c’est d’habitude léger et sans conséquence pratique. Dans votre cas, je pense qu’il faut vraiment écarter d’autres hypothèses de diagnostic, comme certaines formes d’eczéma, lichen, mycose… Une biopsie a-t-elle été pratiquée ? Avez-vous consulté un stomatologue ? Les bains de bouche soulagent, mais peut-être y a-t-il un traitement plus fondamental ? Bon courage.

Maryse: souffre de rhumatisme psoriasique et son rhumatologue lui propose un traitement au ledertrexate.
Je souffre de rhumatisme psoriasique. Ce matin un rhumatologue m’a proposé un traitement au ledertrexate (20 mg/semaine). En lisant votre littérature j’ai pris peur. D’autant plus que je souffre également de myélo-dysplasie 5q deleting syndrome. Mon hématologue a dit qu’il n’y avait pas de contre-indication formelle mais que je devais être étroitement surveillée. Bref il émet quelques craintes. Je sais qu’il existe d’autres traitements (TNF?) pour arrêter l’évolution de ma  maladie mais apparemment pour que le mutuelle intervienne je dois  d’abord passer par le ledertrexate qui risque de me coûter la vie ou de laisser des séquelles irréversibles. Que me conseillez-vous? Merci de me répondre.
 
La réponse du docteur Pierre-Dominique Ghislain: 
Chère Madame,
Je comprends votre question, et elle est très logique.
Le Méthotrexate (Ledertrexate) est souvent impressionnant. Bien qu’il soit très connu, car déjà ancien, le médicament fait peur. Il est pourtant très utile et habituellement très efficace, particulièrement pour l’arthrite. Les patients le supportent assez bien ; les principaux problèmes sont digestifs (estomac, le jour de la prise, une fois par semaine). Son effet sur le psoriasis se développe lentement, mais il est ensuite prolongé, ne donnant normalement pas de rechute rapide à l’arrêt, contrairement à beaucoup d’autres médicaments. Les risques principaux (mais rares) avec ce traitement sont une tendance à l’anémie et à la diminution des globules blancs ou des plaquettes sanguines, ainsi qu’une sensibilité du foie. Ces effets peuvent déjà apparaître rapidement, et nécessitent un suivi de la prise de sang. A beaucoup plus long terme, on surveille également les poumons.Pour ces raisons, des maladies du foie peuvent constituer une contre-indication au traitement, au cas par cas. Ces contre- indications peuvent être partielles, nécessitant de proposer des doses réduites et de surveiller de plus près la prise de sang, ou elles peuvent être totales, justifiant alors de proposer d’autres traitements, y compris les plus récentes biothérapies. Celles-ci ne constituent pas une panacée et ne sont pas nécessaires pour tout le monde, mais les médecins-conseils de mutuelle peuvent en accorder le remboursement même en absence de prise antérieure de méthotrexate, si cette absence est réellement justifiée. A discuter donc avec vos médecins.
 Bien à vous,
 
Sandra: Psoriasis pustuleux palmoplantaire

Bonjour Docteur, Rien que le mot purulent me dérange mais bon c’est ainsi. J’en souffre depuis bientôt quatre ans. Je fais du psoriasis d’extrémité, à la paume des mains et au talon de mon pied droit. Je ne sais comment m’en défaire ou du moins l’atténuer! Des poussées de boutons reviennent à la charge dès que la peau est sur le point de se régénérer. J’ai essayé toutes sortes de crèmes prescrites par les dermatologues. Ensuite on a essayé la puva ciblée, sans injections médicamenteuses. Et toujours aucun résultat! Je voudrais l’adresse d’un dermatologue qui ne testera pas toutes les crèmes du marché mais qui est capable de trouver un traitement qui marche. Je réside à Liège. Merci d’avance de m’avoir lue et de m’aiguiller vers une solution. Bien à vous,

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

On parlera donc de « psoriasis pustuleux palmoplantaire ». C’est-à-dire d’une atteinte des paumes et des plantes, sous forme de plaques rouges, avec de petites cloques blanches et quelquefois des crevasses. Bien sûr, mais il faut toujours le rappeler, ce n’est absolument pas contagieux car ce n’est pas de l’infection. Quand on voit des pustules, on pense à microbes, mais pas ici ! Les traitements habituels contre le psoriasis ne sont pas toujours efficaces sur ces formes pustuleuses. C’est tellement sérieux que cela justifie souvent des traitement internes (par médicaments oraux). À toutes fins utiles, sachez qu’on a observé que certains parmi les nouveaux traitements dits « biologiques » ont un effet assez net sur les formes pustuleuses. Mais ils ne sont pas remboursés pour cela. Par contre, un « essai clinique » de confirmation pour cette forme pustuleuse va bientôt commencer. Je pense que le CHU de Liège participera aussi à l’essai et pourrait vous le proposer, si cela convenait (il y a divers critères).

Bien à vous,

Docteur Ghislain.

Ismahen: Couvre-chefs et psoriasis

Bonjour, Je souffre de psoriasis du cuir chevelu depuis l’âge de dix ans. Aujourd’hui âgée de vingt-cinq ans, la lésion s’est étendue et couvre plus de la moitié de ma tête. Étant de confession musulmane, je porte le voile. Je me demande si cela a un impact sur la prolifération du psoriasis ? Le port du voile est-il un facteur qui accélère ou favorise la poussée et l’apparition de nouvelles plaques ? Je suis très inquiète et je redoute le fait que ces plaques continuent à s’étendre et atteignent mon front et mon visage. Cordialement,

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Vous n’êtes pas la seule à vous interroger à ce sujet. Que ce soit pour des questions religieuses ou professionnelles, beaucoup de personnes sont amenées à porter divers « couvre-chefs », quelquefois de manière prolongée, voire permanente. Je pense aussi aux patients atteints de psoriasis et qui portent une perruque ! Et souvent, ces patients m’interrogent sur le lien avec le psoriasis : cela peut-il constituer une cause d’aggravation ?

La réponse est claire : non, en soi, porter quelque chose sur la tête n’est pas un facteur négatif pour le psoriasis.

Mais je dois nuancer d’emblée : cela peut dépendre du type de couvre-chef, et dépend aussi des effets observés.

– type de couvre-chef : un foulard ou un chapeau léger ne sont pas irritants d’un point de vue mécanique. Par contre, le port prolongé de certains casques non ou mal rembourrés (donc pas ceux de motocyclette, mais par exemple de chantier) peut créer de l’irritation, par frottement. Et alors, cela peut aggraver ou déclencher un psoriasis à l’endroit du frottement. Dans ces cas-là, oui, le casque peut jouer un rôle. Mais pas toujours non plus…

– type d’effet : déclencher ou aggraver un psoriasis n’est possible que si le couvre-chef est blessant (cf. plus haut). Par contre, on peut comprendre qu’un chapeau ou un foulard qui maintiendraient une chaleur plus importante sur la tête peuvent augmenter, par exemple, la sensation de démangeaisons ou de brûlure. En soi, cela n’augmentera pas les plaques, mais augmentera l’inconfort. Et si cela amène à se gratter davantage et à se blesser, alors cela peut accentuer les plaques. Le même raisonnement peut être tenu pour des tenues très couvrantes, qui induiraient une sudation accentuée. Pour certains patients, cela pourra être irritant.

Donc la réponse est subtile, mais je répète qu’au départ il ne faut pas craindre de lien négatif entre le couvre-chef et le psoriasis. Surtout pour un foulard ! Dans tous les cas, votre ressenti est important : si vous ne percevez aucun inconfort en portant le foulard, on ne pourra pas l’incriminer si les plaques s’étendent. Celles-ci se seront alors étendues « d’elles-mêmes », que vous portiez ou non un foulard.

Par contre, si votre casque de chantier vous blesse, que vous observez le développement du psoriasis dans cette région, et que cela s’améliore en période d’absence de port du casque, alors le lien est probable.

En espérant avoir répondu à votre question,

Bien à vous,

Docteur Ghislain.

David: Psoriasis et habitudes alimentaires

Bonjour, Personnellement, j’ai remarqué avec certitude que si je buvais trop de lait, mangeais trop gras, consommais trop d’alcool…, mes plaques augmentaient dans les deux jours qui suivaient. Je n’ai pas trop à me plaindre par rapport à d’autres. J’ai quelques plaques aux chevilles, aux coudes, sur la poitrine, au poignet, entre les fesses. Mais ça a quand même augmenté. Le plus important est chez moi le cuir chevelu. Ce qui fonctionne le mieux chez moi est une ancienne préparation à base de goudron, mais pénible à utiliser, surtout dans les cheveux. J’utilise aussi de liniment oléo-calcaire qui marche TRÈS bien. Je prends aussi des gélules de pensées sauvages, omega3 et bourache. Je prends des bains avec du sel de la mer Morte et j’applique ce sel directement sur les plaques quelques minutes. Idem pour les cheveux. Voilà ce que je peux dire actuellement mais pour le cuir chevelu, je ne trouve rien, par contre. J’ai aussi souvent lu que le dosage dans le sang de la vitamine D était intéressant, mais mon médecin n’en voit pas l’utilité. J’ai aussi lu un rapport avec les Lymphocytes et je suis toujours en déficience mais là aussi mon médecin ne veut pas approfondir. À vous lire.

La réponse du Docteur Ghislain

Cher Monsieur,

En effet, les patients peuvent constater un lien entre l’intensité de leurs plaques de psoriasis et certaines habitudes de vie, en particulier alimentaires. Cela sera variable d’une personne à l’autre, mais les éléments négatifs connus avec le plus de certitude sont l’alcool et le tabac. Les diminuer est toujours bénéfique, même si les premiers jours au moment de la diminution sont quelquefois difficiles (stress augmenté ?).

Pour les habitudes alimentaires (gras, sucré, etc.), il est logique de penser qu’une bonne hygiène de vie permet un état général meilleur et un psoriasis apaisé. Enfin, certaines théories mettent l’accent sur des intolérances alimentaires comme facteurs aggravant un psoriasis ; ce n’est qu’une hypothèse de travail, avec des aspects intéressants qui doivent encore être explorés ; on ne peut en tout cas pas réduire le psoriasis à l’expression d’une quelconque allergie alimentaire.

Dans votre cas, je ne peux que vous encourager à poursuivre sur cette voie qui vous fait du bien !

La vitamine D est évidemment liée au développement des plaques de psoriasis. C’est pour cela qu’on utilise souvent les pommades Daivonex et Curatoderm. L’apport local de vitamine D permet une certaine régularisation du renouvellement cellulaire cutané, selon un processus encore inconnu à ce jour. Par contre, il n’y a pas de lien direct entre le taux de vitamine D circulant dans le sang et l’intensité du psoriasis.

Une supplémentation en vitamine D dans le seul but de traiter un psoriasis n’est pas justifiée et pourrait s’accompagner d’effets néfastes par ailleurs.

Enfin, concernant les lymphocytes, il s’agit d’un type de globules blancs, dont le rôle dans le psoriasis a été bien démontré. Plutôt qu’un problème de nombre ou de sous-type de lymphocytes, il s’agit d’un problème d’activité de ceux-ci et de messagers entre les différents types de cellules. Il n’existe pas encore de test de laboratoire disponible pour examiner ce problème.

Christine: Biothérapies : comment agissent-elles ?

Meilleur bonjour, Docteur, Vous serait-il possible de différencier HUMIRA et STELARA, s’il vous plaît. Je n’ai pas cette information… et puis, il faut attendre trois mois pour avoir un rendez-vous chez son dermato habituel ! L’automne est là et le psoriasis est en forte poussée ! REMICADE avait fait de l’effet, mais au bout de la sixième perfusion, j’ai développé des douleurs articulaires très aiguës. J’ai donc interrompu ce traitement. Mais HUMIRA m’effraie : n’aurais-je pas les mêmes effets secondaires qu’avec REMICADE ? J’ai commencé du psoriasis à deux ans et demi après une parathyfoïde. J’ai soixante-cinq ans actuellement. J’ai tout essayé comme remède ! Merci beaucoup de répondre à ma question. Christine E.

La réponse Docteur Ghislain

Bonjour Madame,

L’Humira et le Stelara sont deux « biothérapies », comme aussi l’Enbrel et le Remicade. L’Humira s’attaque au « TNF », qui est un messager de l’inflammation, dont l’excès est une des causes du psoriasis. L’Humira a donc la même cible que le Remicade, et est aussi un anticorps. Mais il est entièrement humain, à la différence du Remicade, et il occasionne donc moins souvent des réactions d’hypersensibilité. Vous avez raison, ces réactions sont quelquefois violentes et très impressionnantes. Elles s’estompent progressivement après l’arrêt du traitement. Chez les patients qui réagissent mal à l’un des traitements, on ne peut pas parler de « réaction croisée », c’est-à-dire de forte probabilité de réagir identiquement avec un autre médicament. On peut donc normalement arrêter le médicament mal supporté, attendre un peu (malheureusement) et commencer un nouveau traitement. De ce point de vue, le Stelara est plus radicalement différent : il s’agit encore d’un anticorps, mais qui ne cible plus le TNF mais des interleukines, l’IL12 et l’IL23. Ce sont d’autres messagers de l’inflammation, encore plus précis (situés en amont du TNF, dans ce qu’on appelle la cascade inflammatoire : une étape qui en appelle une autre). On peut donc commencer sans crainte particulière ces autres traitements, même après effet secondaire du Remicade. Peut-être, par prudence, votre médecin voudra-t-il vous suivre d’encore plus près, au moins au début ; ne vous en inquiétez pas, ce sera logique. Bon courage pour la suite.

Marie-Louise : Pas de lien entre psoriasis des muqueuses et problème digestif

Bonjour, Je suis actuellement en traitement chez mon dermatologue pour un problème de syndrome de Sjögren et un champignon dans le système digestif. Mon médecin traitant m’a suggéré qu’il pourrait s’avérer que le psoriasis a attaqué mes muqueuses (graves problèmes dans les intestins qui se sont améliorés avec la prise de Diflucan). Quel est votre avis la dessus ? Je ne sais plus quoi… J’ai aussi un problème aux cordes vocales, je perds la voix par moments et j’ai la langue complètement dépapillée. J’ai du psoriasis depuis l’âge de cinq ans avec des très très hauts et des bas. Actuellement, je souffre d’un psoriasis inversé (depuis le début de mes nouveaux problèmes) dans la région anale, sur les coudes, le cuir chevelu, dans les conduits auditifs et derrière les oreilles. Mes ongles sont également atteints mais là, le problème s’est atténué. Je ne sais plus quoi. Merci de bien vouloir m’écouter.

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Le psoriasis « des muqueuses » existe. Il s’agit d’une localisation particulière, la plupart du temps associée à du psoriasis « classique », qui concerne les muqueuses. Ce terme de muqueuses désigne le revêtement de surface des organes internes en contact indirect avec l’extérieur (intérieur du nez, bouche, tube digestif…). C’est un revêtement différent de la peau.

Le psoriasis des muqueuses a été très discuté : existe-t-il vraiment ? La réponse actuelle est oui. Mais on considère qu’il n’existe que pour la bouche, la langue et les muqueuses génitales. Des traitements existent, comme pour pour la peau normale, avec quelques différences dans le choix des produits. L’absence de facteur irritant est encore une fois fondamental !

Pour répondre à votre question, on ne peut donc pas retenir aujourd’hui l’idée que le psoriasis dont vous souffrez puisse expliquer par lui-même des problèmes digestifs. Le seul lien éventuel serait l’hypothèse d’un traitement pris pour le psoriasis, qui induirait des complications digestives. Mais ce n’est donc pas le psoriasis lui-même qui s’exprimerait dans les intestins.

À votre place, je poursuivrais le bilan digestif pour trouver d’autres hypothèses. Certaines carences en vitamines et minéraux peuvent donner des symptômes du même genre. Des maladies comparables au psoriasis existent sur les intestins (maladies inflammatoires), mais elles ne sont normalement pas spécialement liées à un psoriasis cutané concomitant. Souffrir des deux problèmes en même temps serait donc – dans l’état actuel de la science…- le fruit du hasard.

Bien à vous,

Docteur Ghislain

Yves: Traitement médical et homéopathique

Bonjour, je suis actuellement en traitement chez le docteur Ghislain pour un psoriasis palmo-plantaire. Une amie médecin (docteur T.F. à Tournai) à qui je n’avais jamais parlé de mon problème a découvert ma maladie et m’a prescrit, en complément de la pommade à base d’ichtyol du docteur Ghislain, le traitement ci-joint : pommade au calendula « par digestion » (produit Boiron) à acheter en France ; celle-ci est plus efficace que la simple pommade au calendula de Belgique. Elle n’est pas spécifique au psoriasis mais est anti-inflammatoire et antiseptique. (Je l’emploie deux fois par jour, l’ennui c’est qu’elle est un peu grasse). En traitement par granules : essai traitement de fond Sulfure iodatum 15 CH – une dose par semaine (dix granules à suce). Tous les jours : PETROLEUM 9 CH + MEZERUM 9CH + ANTIMODIUIM CRUDUM 9 CH : cinq granules de chaque soit tous en même temps ou une sorte à la fois répartie sur la journée. SULFUR IODATUM15 CH – PETROLEUM 9 CH – MEZERUM 9CH – ANTIMODIUIM CRUDUM 9 CH. Résultat des courses, les symptômes ont disparu à 90 % depuis novembre 2010 et ne sont plus réapparus.

Réponse du Docteur Ghislain

Pourquoi pas, en effet. Mais en mettant une note : l’homéopathie suppose une approche globale de chaque patient et ne repose pas sur une addition de « remèdes tout faits ». Encore plus qu’en médecine traditionnelle, la réponse à chaque traitement est éminemment personnelle. On ne peut que se réjouir d’un bon résultat chez un patient, mais il faut se garder de transposer d’office la méthodologie chez un autre.

François : A propos du Néotigason

Bonjour, Je suis sous traitement au Soriatane depuis que j’ai dix-sept ans (j’en ai maintenant vingt et un). J’habite Lille. Je me demande s’il y a un effet indésirable à très long terme (de l’ordre de la dizaine d’années). Mon psoriasis très étendu selon mon dermatologue n’en est plus qu’à 10 % grâce à ce traitement, il ne reste que quelques petites plaques non épaisses. Merci pour votre réponse.

La réponse du Docteur Ghislain

Cher Monsieur,

Le Soriatane (vendu en Belgique sous le nom de Néotigason) est l’acitrétine, une forme de vitamine A acide. C’est un médicament déjà ancien (une vingtaine d’années), dont l’effet secondaire le plus connu est le risque de malformation du bébé que concevrait une femme prenant ou ayant pris ce médicament. Le risque persiste jusqu’à deux ans après le dernier comprimé ! On l’utilise donc plutôt chez les enfants, les hommes et les personnes de plus de cinquante ans.

Son action sur le psoriasis est connue de longue date. Il est surtout efficace sur les formes de psoriasis pustuleux (petites cloques de faux pus), mais peut aider aussi des personnes souffrant de psoriasis en plaques, plus habituel. Chez d’autres patients, il n’est pas efficace. Ses effets secondaires immédiats sont une sécheresse de la peau (dont les lèvres et les yeux, quelquefois intense), la possibilité de crampes musculaires, surtout au début du traitement, et le risque de perturbations du foie et des lipides (graisses) du sang. C’est pour cela qu’on contrôle régulièrement la prise de sang, surtout les premiers mois du traitement.

Vous m’interrogez sur la durée du traitement. Chez les enfants, en période de croissance, on se méfie de traitements prolongés ou à haute dose. Chez l’adulte, ce risque n’existe plus, mais on se méfie quand même d’une toxicité cumulative. Comme toujours, on évite les médicaments, sauf lorsqu’ils sont nécessaires. Alors, faut-il arrêter d’office l’acitrétine après un certain temps ? Si le patient supporte bien le traitement et que les contrôles médicaux sont bons, ce n’est pas nécessaire par principe, mais reste à discuter au cas par cas.

Bien à vous,

Docteur Ghislain

Laetitia: Transmission du psoriasis à son enfant

Bonjour, Mon compagnon est atteint de psoriasis depuis l’âge de dix-sept ans. Il a maintenant vingt-sept ans. Nous désirons avoir un enfant. Devons-nous faire des tests particuliers afin que notre enfant n’ait pas cette maladie ? Devons-nous procéder à une insémination artificielle ou in vitro ? En vous remerciant pour vos réponses. Bien à vous,

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Vous me posez une question très logique et compréhensible. La réponse est un peu brutale : non, il n’y a aucun moyen « préventif ».

Des parents qui souffrent de psoriasis veulent évidemment éviter cette maladie pour leurs enfants. Ils s’interrogent donc sur la génétique, le diagnostic prénatal, l’alimentation chez l’enfant, etc. C’est une attitude logique empreinte d’amour ! Mais il n’y a rien aujourd’hui qui puisse nous aider. La statistique montre que le risque pour un enfant de développer du psoriasis est augmenté si un des parents en souffre, et davantage encore si les deux parents en ont. Mais même dans ce cas, il y a plus d’une chance sur deux que l’enfant ne développe jamais de psoriasis. Cela repose sur deux constatations :

– Il n’y a pas « un » gène du psoriasis, mais plusieurs caractéristiques génétiques dont certaines combinaisons peuvent favoriser le développement du psoriasis. C’est une maladie polygénique.

– Il n’y a pas que l’aspect génétique qui explique le psoriasis. Des facteurs environnementaux, psychologiques, infectieux, etc. paraissent jouer un rôle très important, différent selon chaque personne. Le psoriasis est une maladie multifactorielle.

Même par des analyses génétiques poussées, on pourrait tout au plus déterminer un « risque de développer » du psoriasis, condition qui n’est pas suffisante pour justifier à elle seule l’apparition du psoriasis. Deux « vrais » jumeaux, qui partagent la même génétique, n’ont que 70 % de concordances pour le psoriasis. Autrement dit : si votre jumeau a du psoriasis, vous avez 3 chances sur 10 de ne jamais en développer vous-même. La génétique n’est pas suffisante pour tout expliquer… La question reste ouverte !

Bien à vous,

Docteur Ghislain

Huguette : Est-il possible qu’en se soignant avec du Daivonex ….

Bonjour, Est-il possible qu’en se soignant avec du Daivonex lotion pour un cuir chevelu atteint de psoriasis, on puisse remarquer à la racine des cheveux des plaques rouges ? Bien à vous, Huguette de Nivelles

La réponse du docteur Ghislain:

Chère Madame,

Votre problème n’est pas exceptionnel : les analogues de la vitamine D présentent l’inconvénient d’être quelquefois irritants, en particulier chez les personnes à la peau sensible ou lorsqu’ils sont appliqués sur des zones plus délicates que d’autres. Et le Daivonex est composé de calcipotriol, c’est-à-dire justement un analogue (dérivé comparable) de la vitamine D.

C’est pour cela que pendant des années, on les a prescrits en association avec des dermocorticoïdes : action antiproliférative du premier, associé à l’action anti-inflammatoire des seconds. Cela augmente l’efficacité globale et améliore la tolérance. C’est aussi pour cette raison que l’on a mis au point le Dovobet et le Xamiol (association de ces principes actifs). D’ailleurs, le Daivonex disparaît actuellement des pharmacies et ne sera plus fabriqué.

En pratique, le Daivonex est utile, mais il ne faut pas l’appliquer trop souvent s’il occasionne des irritations : celles-ci peuvent aggraver le psoriasis. Au contraire, en cas de rougeur, il vaut mieux réduire les quantités appliquées et la fréquence, et alterner avec d’autres traitements. Ces rougeurs ne constituent donc pas souvent un signe d’allergie au produit ou d’intolérance définitive.

Bien à vous,

Docteur Ghislain

Cécile: Quelle influence des médicaments ?

Bonjour Docteur, J’ai pris un médicament pour une forte tension, de l’Olmetec, depuis 2006 et j’ai eu plein d’ennuis physiques à partir de ce moment-là, entre autres fatigue, faiblesse musculaire et finalement du psoriasis sur le cuir chevelu en décembre 2006 que le dermatologue a soigné avec de la cortisone. Le résultat : débarrassée pendant cinq jours et rebelote. Je ne vais pas dire toutes les semaines où j’ai été alitée pour des grippes ou bronchites et aucun des médecins n’a fait le lien avec le médicament. En 2008, j’ai aussi eu une petite crise de psoriasis sur le corps mais en dix séances d’ultra-violets cela s’est calmé. Cet hiver, j’en ai eu franchement assez d’être alitée trois fois trois semaines, de tousser et qu’aucun médecin ne trouve une explication. J’ai développé un psoriasis énorme sur le corps il y a cinq semaines : en dessous des seins, sur la tête, les bras, le torse, etc., et j’ai des plaques de pertes de cheveux. J’ai aussi remarqué que du côté gauche, mes cheveux ont changé de texture (comme brûlés par une permanente que je n’ai pas faite depuis dix ans)… J’ai lu la posologie du médicament et à part que le psoriasis n’est pas nommé explicitement, tout le reste y est et j’en ai été affectée sans qu’aucun médecin n’ait fait le lien. Étant donné que je n’aime pas les crèmes à la cortisone, dont je ne vois pas l’effet, j’en suis à la huitième séance d’UV et pas d’amélioration… J’aurais aimé que quelqu’un m’explique comment il a fallu attendre que j’aie soixante-six ans pour développer cette maladie et que si je parle d’aller faire une cure à la mer Morte, mon dermatologue me réponde : Primo, cela vous fera du bien d’être au repos !!! Et secundo, les UV, il arrive que des personnes n’y répondent pas ou bien très lentement. Je suis persuadée quant à moi que c’est la prise pendant quatre ans de ce médicament qui a empoisonné mon organisme: que puis-je faire? Merci à l’avance d’un conseil.

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Votre question est difficile. En effet, certains médicaments peuvent exercer un effet contraire pour le psoriasis. Certains médicaments sont inducteurs (ils déclenchent un psoriasis, qui disparaît quand on arrête le médicament incriminé). D’autres sont révélateurs (ils déclenchent un psoriasis qui se préparait par ailleurs et serait « sorti » plus tard ; ces psoriasis ne guérissent donc pas ou pas complètement à l’arrêt du traitement en cause). D’autres médicaments sont enfin aggravants (ils aggravent un psoriasis qui existait auparavant). Pour autant, chaque nouveau psoriasis ou chaque nouvelle poussée de psoriasis ne sont pas nécessairement provoqués par un médicament (de nombreuses personnes souffrent de psoriasis sans prendre aucun médicament).

Mais la question des médicaments « concomitants » (pris en même temps que l’apparition du psoriasis) doit toujours être posée.

Quant à savoir pourquoi vous avez malheureusement déclenché un psoriasis à tel âge, en dehors de l’hypothèse du médicament, c’est évidemment le souhait de chaque patient d’obtenir une réponse à cette question, en espérant ainsi trouver une meilleure possibilité de traitement. On n’en est encore qu’aux premières découvertes dans le domaine ! Le psoriasis peut malheureusement se révéler à tout âge…

Sofiane: Photothérapie et cancer

Bonjour docteur, J’ai un psoriasis généralisé depuis dix années, j’ai pris différents traitements plus ou moins efficaces sauf l’année dernière au cours de laquelle j’ai fait vingt séances de photothérapie au service de dermatologie et les résultats sont assez bons. Je dois refaire cette année d’autres séances de photothérapie. Y-a-t-il risque de cancer et combien de séances ai-je encore droit en sachant que c’est le meilleur traitement pour moi. Merci.

La réponse du Docteur Ghislain

Votre question est très importante. En effet, l’usage des ultra-violets est habituellement critiqué par les dermatologues : vieillissement accéléré de la peau, risque de cancers, etc. Et pourtant, ils en prescrivent pour le traitement du psoriasis !

Cela s’explique : le bénéfice est jugé supérieur au risque lorsque la méthode est bien maîtrisée et respectée, les longueurs d’onde utilisées sont différentes de celles des «bancs solaires» habituels et sont à la fois plus spécifiques au psoriasis et moins agressives pour la peau, et un dosage maximum doit être calculé et respecté pour chacun. Il dépend du type de peau de chacun et doit être exprimé en joules (unité de mesure pour la puissance reçue via les UV) et non pas en temps d’exposition (qui ne reflète que très mal la quantité d’UV réellement reçue).

Il est fondamental de connaître son «capital solaire» et de garder avec soi un relevé précis des séances d’UV déjà faites (surtout si on a fréquenté différents centres dermatologiques).

Olivier : L’apremilast, traitement oral récent, est-il un réel espoir d’un traitement systémique …

L’apremilast, traitement oral récent, est-il un réel espoir d’un traitement systémique à l’administration facile et avec peu d’effets secondaires ?

La réponse du docteur Pierre-Dominique Ghislain;

En effet, l’aprémilast est disponible et remboursé en Belgique depuis février 2016. Le patient doit remplir les mêmes conditions que pour obtenir une biothérapie par injection. Est-il plus facile ? Il s’agit d’un comprimé à prendre deux fois par jour, contrairement aux biothérapies, pour lesquelles il s’agit d’injections sous-cutanées (comme pour les diabétiques) à pratiquer toutes les semaines, ou tous les quinze jours, ou tous les mois, toutes les huit semaines ou toutes les douze semaines, selon le produit. Le comprimé peut être conservé à température ambiante et facilement

emporté en voyage, tandis que les biothérapies doivent être conservées entre 3 et 8°c. L’aspect ‘facilité’ sera donc différemment apprécié par chaque patient, selon ses critères. A-t-il peu d’effets secondaires ? Globalement oui, tout au moins à ce stade de connaissance. Possible tendance aux diarrhées au début du traitement. Pas de risque augmenté pour la tuberculose. Pour autant, il n’est pas possible de « comparer » ce profil de risque aux biothérapies et

de considérer l’un systématiquement préférable à l’autre. Là encore, il s’agira d’envisager la question avec chaque patient.

Olivier: L’ordre de prescription des traitements actuels est-il justifié d’un point de vue médical ou des raisons de coût des traitements ?

L’ordre de prescription des traitements actuels (traitements locaux, PUVA, immunosuppresseurs et traitements biologiques en dernier recours) est-il justifié d’un point de vue purement médical ou l’est-il plus pour des raisons de coût des traitements ? Par exemple, la PUVA, augmentant le risque de cancers de la peau, serait-elle encore utilisée ou les dermatologues passeraient-ils plus facilement vers les traitements biologiques si ceux-ci étaient à un prix abordable ?

La réponse du docteur Pierre-Dominique Ghislain:

Les deux réponses peuvent cohabiter. Il est évident que le coût des traitements récents est un facteur limitant puissant. En revanche, on considère aujourd’hui que ces traitements sont globalement plus sûrs (en tout cas à moyen terme) et souvent très efficaces ; certains dermatologues considèrent qu’à prix égal, les systémiques traditionnels n’auraient plus de place dans l’arsenal thérapeutique. Petit bémol : avec les traitements récents, on dispose de moins de recul qu’avec les anciens… En clair : les conséquences que l’on sait possibles pour les anciens traitements sont mieux connues et sont donc maîtrisables et/ou détectables à temps. Avec les nouveaux traitements, c’est l’inconnue : pas de signal inquiétant à ce stade, mais qu’en sera-t-il dans dix ou vingt ans ? Je ne veux pas créer d’inquiétude inutile, car tout aujourd’hui semble vraiment rassurant, mais seulement rappeler qu’au début d’un nouveau traitement, on ne voit et on ne connaît souvent que ses côtés positifs… Soyons enthousiastes, mais lucides et vigilants !

Olivier: comorbidité liée au psoriasis

 La comorbidité liée au psoriasis (par exemples le risque de maladies cardio-vasculaires augmentés qui a été étudié assez récemment) peut-il justifier de traiter plus rapidement de manière systémique le psoriasis ?

La réponse du docteur Pierre-Dominique Ghislain:

La question est en effet posée depuis plusieurs années, mais n’est toujours pas tranchée et reste sans réponse claire. Certaines données vont bien dans ce sens, et plusieurs études ont eu l’intention d’y répondre formellement, mais aucune n’a abouti :  il est extrêmement difficile de concevoir une étude qui comparerait un groupe ‘traitement

précoce’ avec un groupe ‘traitement par escalade traditionnelle’. Des registres observationnels sont plus facilement envisageables, mais ceux qui existent n’ont pas (encore ?) pu apporter d’éléments objectifs.

Olivier: Existe-t-il des études sur la diminution de la durée de vie due aux traitements du psoriasis ?

Existe-t-il des études sur la diminution de la durée de vie due aux traitements du psoriasis, qui, mis à part les traitement locaux, sont assez lourds ?

La réponse du docteur Pierre-Dominique Ghislain

Oui, bien sûr, plusieurs études abordent la question.  Il s’agit presque toujours de ‘registres’, c’est-à-dire du suivi des patients en vie réelle, et non pas en études spécifiques d’un traitement, sur un délai court.

Plusieurs pays ont des registres nationaux et publient leurs résultats.

On peut aussi citer PSOLAR, un registre mondial de 15 000 patients, suivis sur 7 ans, qui permet de comparer tout ce qui arrive aux patients, sous différents traitements, et de déceler d’éventuels risques augmentés.

Irene du Cameroun: Mon médecin m’a interdit des aliments tels que le chocolat, le sucre, le pain, les céréales et les produits laitiers …

Bonjour, j’ai du psoriasis et je vis au Cameroun. Mon médecin m’a interdit des aliments tels que le chocolat, le sucre, le pain, les céréales et les produits laitiers aussi que le du poisson et l’alcool. a-t ‘il raison de me les interdire? sinon quels sont les aliments que  je dois manger et éviter ?

J’aimerai savoir si les marques laissé par le psoriasis (brun plus foncé)  sont permanentes ou vont-elles  partir ? Existe-t-il des produits qui les atténuent?

La réponse du Docteur Pierre-Dominique Ghislain:
Chère Madame,
Le psoriasis sur peau noire se traite globalement comme sur peau blanche, mais il faut en effet être attentif au risque de conséquences pigmentaires, beaucoup plus fréquentes. Ces traces, qu’elles soient plus claires ou plus sombres, ont tendance à s’estomper naturellement et spontanément, mais très lentement. Le soleil est d’effet imprévisible : mieux ou pire… Les gommages n’y sont d’aucune utilité. Certaines crèmes régulatrices du pigment, et adaptées aux peaux noires, peuvent aider à améliorer plus rapidement les traces.
Pour ce qui est des régimes, les proposer systématiquement est a priori inutile. Par contre, au cas par cas, en cas de problèmes digestifs ou autres, il peut être justifié de réaliser certains tests pour mettre en évidence une allergie ou une intolérance. Et parmi ces derniers cas, on a occasionnellement observé une amélioration du psoriasis après changements d’habitudes. Cela mérite de s’y pencher, mais n’explique certainement pas toutes les formes de psoriasis.
Bonne journée !
Olivier:  Y a-t-il un intérêt de consulter une fois au l’autre un spécialiste dans un hôpital universitaire ?  

   Même si on consulte régulièrement un dermatologue, y a-t-il un intérêt de consulter une fois au l’autre un spécialiste dans un hôpital universitaire ?  

La réponse du Docteur Pierre-Dominique Ghislain:

A première vue, non, tout au moins si le traitement est satisfaisant sur tous les points. En Belgique, tous les traitements sont accessibles à tous les dermatologues.  Ceux-ci peuvent tout prescrire comme à l’université.  

Par contre, les traitements les plus nouveaux, encore au stade d’essai clinique, ne sont souvent disponibles que dans les principaux centres (mais encore, pas tous) ; c’est toutefois très spécifique et particulier.

Eva: La mémoire géographique du psoriasis

Cher Docteur, Après trente ans de psoriasis, je retrouve mon tout premier symptôme: une tache de psoriasis en dessous de mon œil gauche. Quand j’avais cinq ans, elle a disparu toute seule en se « déplaçant » à d’autres endroits de mon corps (cuir chevelu, plis des genoux etc.), mais cette fois elle ne veut vraiment pas partir. J’ai dû arrêter de mettre ma crème de jour habituelle (Avène) et je suis à la recherche d’une crème pour le visage qui soit adaptée. Pourriez-vous m’aider ? Merci.

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Ce phénomène de « mémoire géographique » n’est pas exceptionnel mais ne s’explique pas vraiment encore. Les traitements locaux classiques du psoriasis peuvent être utilisés, mais la peau est fine à cet endroit et il faut donc être prudent. On limitera l’usage de la cortisone et on fera attention à tout ce qui peut irriter (crèmes traitantes, crèmes esthétiques, maquillages…) Le conseil d’un médecin paraît indispensable, pour le diagnostic et la proposition de traitement.

Bien à vous

Docteur Ghislain.

Josy Anne : Quels bénéfices du coenzyme q10 ?

Bonjour, Depuis l’âge de sept ans, je souffre de psoriasis. J’ai maintenant soixante ans. L’été passé, suite à un coup de fatigue et conseil d’un collègue, j’ai pris des coenzymes Q10 de Burgerstein. Par la suite, j’ai eu une poussée de psoriasis. Ne faisant pas immédiatement le lien, j’ai repris des comprimés de coenzyme et comme mon psoriasis s’est développé vitesse grand V, j’ai cessé d’en prendre. Actuellement, j’entreprends un traitement méthotrexate avec mon dermatologue. Ma question : avez-vous eu écho de lien entre poussée de psoriasis et coenzyme q10 ? D’avance merci de votre attention et de votre réponse.

La réponse du Docteur Ghislain

Cher Monsieur,

Vous le savez : le coenzyme Q10 peut être comparé à une « vitamine », élément naturel indispensable pour notre corps, apporté par l’alimentation et dont la quantité dans le corps et la disponibilité peuvent être modifiés par certains états, certaines pathologies et certains médicaments. Une supplémentation a montré des effets bénéfiques pour certains problèmes de santé. Dans le cas du psoriasis, il n’y a rien de flagrant ; d’ailleurs, une recherche sur « coenzyme Q10 » et « psoriasis » ne rapporte pas beaucoup de données.

Une étude très fouillée a été publiée sur www.psorsite.com. Elle conclut en l’absence d’effet bénéfique établi et en la possibilité de quelques cas d’exacerbation (aggravation) du psoriasis. Rien de prouvé, en tout cas. Le coenzyme Q10 intervenant sur le métabolisme cellulaire, on peut évidemment envisager intellectuellement un lien avec le psoriasis. Mais cela est tellement intriqué avec d’autres éléments que tirer une conclusion sur cette seule base est impossible.

Dans votre cas, l’hypothèse est donc ouverte. Sans toutefois exclure une aggravation du psoriasis qui serait intervenue fortuitement en parallèle avec la prise du supplément ! J’espère que votre traitement sera bien efficace.

Bien à vous

Docteur Ghislain.

Sylvia: Comment soigner un psoriasis du visage ?

Bonjour, Mon fils de six ans a le psoriasis dans le visage. Que peut-on utiliser comme crèmes sans corticoïdes (non magistrales) pour le visage ? Merci.

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Il existe de nombreuses crèmes en vente libre, en pharmacie et parapharmacies. Certaines sont vendues avec l’indication « psoriasis » dans leur nom, d’autres ont la mention « psoriasis » dans la liste des situations pouvant justifier leur utilisation. Leur principe est de :

– hydrater ;

– assouplir (effet kératolytique doux) ;

– faire desquamer sans excès pour réduire l’épaisseur ;

– apaiser, globalement (diminution d’inflammation, donc aussi du prurit).

Ces crèmes ne prétendent pas parvenir à un résultat spectaculaire (rapide et intense), mais sont très intéressantes pour des zones particulièrement sensibles (visage), des patients sensibles (enfants) et des périodes sensibles (après une crise traitée de manière plus médicamenteuse). Elles constituent un bon soin d’accompagnement, et serviront d’ailleurs en même temps pour l’indispensable hydratation des plaques de psoriasis.

Bonne journée,

Docteur Ghislain.

Jean: mon psoriasis a sérieusement régresssé après avoir placé un adoucisseur est-ce dû à cela?

Bonjour Docteur, J’ai un psoriasis au niveau des tibias. L’eau ménage est assez dure, 31°-f. J’ai longtemps hésité puis placé un adoucisseur à sel classique qui me donne une eau à 8°-f. Quatre mois plus tard, le psoriasis a sérieusement régressé. Est-ce principalement dû à cela? Merci.

La réponser du Docteur Ghislain

Cher Monsieur,

Impossible évidemment d’affirmer que l’amélioration observée chez vous fut directement induite par l’usage d’une eau moins dure, car d’autres éléments ont pu intervenir, même de manière inconsciente. Mais il est logique de penser qu’il y a un lien.

En effet, vous le savez sûrement, l’eau « sèche » la peau. C’est la raison pour laquelle on disait traditionnellement aux enfants souffrant d’eczéma atopique d’éviter les bains quotidiens. Cette faculté d’assécher la peau tient à plusieurs facteurs physico-chimiques, qui font qu’une eau n’est pas une autre. Et la dureté calcaire est un de ces facteurs !

Les conseils habituels sont d’utiliser :

– l’eau la plus douce possible, mais pas totalement déminéralisée ;

– à une température neutre, proche de la température corporelle ;

– avec un nettoyant neutre, physiologique, sans savon détergent agressif ;

– et d’appliquer une crème hydratante après être sorti du bain et s’être séché doucement, sans avoir frictionné à l’excès.

Ces simples conseils, qui peuvent paraître « basiques », suffisent souvent à diminuer l’intensité des plaques de psoriasis et surtout à réduire les symptômes de démangeaisons et de brûlures, quelquefois ressentis en périodes de poussées inflammatoires. Bonne continuation,

Docteur Ghislain.

Vinson: Psoriasis sur le pénis

Bonjour Docteur, J’ai une douleur presque permanente au méat urinaire et parfois à la partie droite du gland. Mon médecin traitant m’a déjà prescrit plusieurs pommades qui sont restées sans effet. Suite à son conseil, j’ai consulté un urologue qui a réalisé tous les examens sanguins et urinaires nécessaires ainsi que prostate et vessie. Ils étaient tous négatifs donc pas de problèmes urinaires. Il a constaté de petites lésions dermatologiques et m’a conseillé de consulter un dermatologue ce que j’ai fait. Après un court interrogatoire et une courte visite, le dermatologue a déclaré que c’était un psoriasis car j’avais une petite lésion également tout près du nez, aux sourcils et à un lobe d’oreille. Il m’a prescrit deux pommades différentes, une pour le nez, les sourcils et le lobe d’oreille et une autre pour le pénis. La pommade pour le pénis n’a aucun effet et la douleur au méat urinaire est intenable par moment. Avez-vous des cas semblables dans vos adhérents et pouvez-vous m’aider car je n’en peux plus. Merci d’avance,

La réponse du Docteur Ghislain

Cher Monsieur,

Le psoriasis peut en effet se révéler sur les muqueuses, et en particulier la muqueuse génitale. La plupart du temps, il n’est pas douloureux, mais la plaque d’inflammation qu’il occasionne peut être facilement irritée, surtout sur des endroits très sensibles.

Première question : le diagnostic est-il bien certain ? Une biopsie peut quelquefois être utile pour le préciser.

Deuxième question : si les pommades n’ont pas suffi, d’autres pistes doivent être explorées : autres formules, etc.

Troisième question : si l’échec est avéré, on peut envisager des traitements internes, mais que l’on essaie toujours d’éviter dans un premier temps (possibilités d’effets indésirables).

Enfin, une hygiène locale très douce, bien adaptée, est nécessaire, et la collaboration entre le dermatologue et l’urologue est indispensable.

Bien à vous,

Docteur Ghislain.

Jean : traitements et effets secondaires

Docteur, Cela fait plus de trente ans que j’ai du « Pso ». Au début, j’ai utilisé les diverses pommades. En 2007, je suis passé au Néoral et j’ai eu une rémission mais ensuite une rechute en 2010. Mon dermato m’a alors mis sous Humira de janvier à septembre et là encore, j’ai connu une très belle rémission. En septembre 2011 à nouveau, rechute très sévère et passage au Stelara. Merci à vous de me dire si je dois poursuivre ce traitement avec lequel j’ai une belle rémission mais qui n’empêche pas les effets secondaires comme des acouphènes, des vertiges, de l’hypertension, de la toux, la bouche et les lèvres sèches et de la fatigue dans les jambes. Jean

La réponse du Docteur Ghislain

La question est excellente et nous pose un problème quotidien. Le psoriasis est une maladie chronique. Mais des rémissions sont possibles, après un traitement ou même spontanément. Un traitement chronique (continu) est donc logique, mais il est astreignant psychologiquement et a priori non souhaitable médicalement. Moins on prend de médicaments…

En même temps, le psoriasis comporte une partie visible (les plaques) et une partie non visible (l’inflammation profonde, dans le sang et/ou les articulations). Et l’on sait de mieux en mieux que le traitement agit sur les plaques mais aussi et sans doute surtout sur cette inflammation de base, ce qui serait très important. Dès lors, un traitement continu trouverait tout son intérêt. Cela, à condition que tout se passe bien avec le traitement. Pour certains traitements, on ne peut pas envisager de traitement prolongé, car on sait que les effets secondaires « s’accumulent » : il faut donc faire des pauses dans le traitement, et on traite finalement les crises, les poussées. Ce qui fait qu’on traite la conséquence. Pourquoi pas, dans certains cas ?

Mais d’autres traitements sont prévus pour être donnés en continu, et les données de sécurité sont rassurantes à l’heure actuelle, avec quelques années de recul. Mais on doit rester prudents, évidemment. Au total, chaque situation doit être discutée au cas par cas, entre le patient et le médecin, en tenant compte du type de psoriasis, de son évolution antérieure, du ressenti du patient, de ses attentes, de sa qualité de vie globale, etc.

Il n’y a pas de réponse toute faite…

Bien à vous,
Docteur Ghislain.