Psoriasis et sport : beaucoup de bienfaits à condition de choisir une activité physique adaptée

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Psoriasis et sport : beaucoup de bienfaits à condition de choisir une activité physique adaptée

L’activité physique quotidienne peut aider à prévenir l’apparition de poussées psoriasiques, à diminuer leur intensité, à lutter contre d’autres maladies associées au psoriasis ou contre des facteurs favorisants, à réduire le stress et donc à agir sur l’immunité et les réactions inflammatoires qui jouent un grand rôle dans le psoriasis. Quel sport pratiquer ? À quel rythme ? Conseils pratiques prônés par le Docteur Farida Benhadou, Dermatologue – Erasme/ULB et une belle illustration d’une personne psoriasique qui s’est remise avec succès au sport.     

Interview B. Simon

Le patient psoriasique doit-il pratiquer un sport de façon intensive ou le faire à un rythme plus modéré mais régulier pour en ressentir des bienfaits ?

«Des données scientifiques récentes attestent des bienfaits de la pratique d’un sport de façon intensive et régulière sur le taux d’inflammation et dès lors sur le psoriasis. La pratique d’une activité physique régulière est totalement recommandée. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’on sait que le psoriasis peut être associé à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires (diabète, cholestérol élevé, surpoids ou obésité, etc.). Une personne psoriasique, avec sa maladie inflammatoire par essence, ajoute dès lors un facteur de risque supplémentaire. Généralistes, dermatologues, rhumatologues et autres spécialités médicales engagées de près ou de loin dans le traitement du psoriasis doivent encourager la pratique du sport. Ne serait-ce que pour prévenir l’arrivée de ce type de maladies cardiovasculaires pour lesquelles les psoriasiques, rappelons-le encore une fois, sont plus à risque que d’autres personnes.»

La personne souffrant de psoriasis peut-elle pratiquer tous les sports ?

«Les patients psoriasiques ne peuvent pas pratiquer tous les sports. Certains sports nécessitent par exemple d’être dénudés (sur la plage, en salle, etc.), ce qui pour certaines personnes peut être difficile à assumer, souvent par manque de confiance en elles. De même, les sports aquatiques  peuvent faire peur – à tort – en raison du taux de salinité de l’eau de mer ou du chlore. Enfin, soulignons que de nombreux patients psoriasiques souffrent souvent d’arthrite associée. Ce qui peut les handicaper physiquement de façon assez importante, limitant ainsi certaines disciplines sportives. Pour les personnes qui ne présentent qu’une atteinte dermatologique, il conviendra tout particulièrement d’éviter les sports où il y a beaucoup de frottements, comme par exemple la boxe, ou des activités sportives où il faut porter des tenues très près du corps, qui peuvent être en contact avec les plaques et entretenir l’inflammation, voire donner lieu au phénomène de Koebner (l’apparition ou l’aggravation d’une plaque de psoriasis sur la zone de friction). »

Faut-il impérativement pratiquer un sport de façon intensive ou la régularité est-elle tout aussi bénéfique ?

«Si vous n’avez jamais pratiqué de sport de compétition ou de façon intensive, il ne faut pas verser dans l’excès. Tout est au cas par cas. Se rendre dans une salle de sport ou marcher à vive allure en pleine nature ou sur un tapis roulant pendant trente minutes deux à trois fois par semaine donnera déjà des résultats probants. En outre, cela mobilisera toutes les articulations, y compris celles touchées par une atteinte psoriasique. Cela permettra de gagner en estime de soi, en confiance, de lutter contre le surpoids, l’hypercholestérolémie (cholestérol trop élevé), d’autres maladies cardiovasculaires ou encore le diabète, etc. Cela libèrera aussi des endorphines, synonymes de plaisir et de bien-être, de sculpter sans trop d’efforts la silhouette. Et, si c’est une activité sportive pratiquée en groupe, cela permettra de tisser des liens sociaux. Ce n’est un secret pour personne, les personnes psoriasiques, par rapport à une population ‘classique’, ont tendance à être plus sédentaires suite, entre autres, à des problèmes relationnels, des rejets psycho-sociaux ou articulaires. Il conviendra dès lors de les remettre doucement mais sûrement en selle. En parlant de selle justement, le vélo est très bénéfique (à l’extérieur ou le vélo d’appartement) et il suffit parfois d’opter pour une housse de revêtement de selle plus confortable pour éviter certains frottements. Cela permet de briser le cercle vicieux qui enferme certaines personnes atteintes de psoriasis au propre comme au figuré dans leur maladie.»

Recommander de faire du sport peut bloquer plus d‘une personne. Comment convaincre quelqu’un qui souffre de psoriasis de se (re)mettre à faire du sport ?     

«Je conseille personnellement à chacun de mes patients une pratique régulière, modérée ou intense, en fonction de ses aptitudes physiques, de ses besoins, mais surtout de ses envies.  Au cas par cas. En s’adaptant à la maladie. Le but n’est pas d’aller courir un marathon, mais de travailler à son rythme, progressivement. Trente minutes, trois fois par semaine, ce n’est franchement pas grand-chose et pourtant cela donne de bons résultats. Il y a moult manières de faire du sport. Le mot sport fait peur pour quelqu’un qui n’en a jamais fait. Quand on prononce le mot ‘sport’, la plupart des gens pensent à la course à pied, à un marathon et visualisent déjà des blessures, déchirures musculaires, etc. Ce n’est pas cela. Le sport, c’est simplement essayer de mettre son corps en mouvement, régulièrement, et aussi d’adopter de concert une certaine hygiène de vie. Cela permet également, dans la foulée, de mieux contrôler son hygiène alimentaire, d’arrêter de fumer, etc. Et on remarque en pratique médicale que cela se fait en réalité assez naturellement, sans avoir à imposer des régimes, un arrêt du tabac, des restrictions volontaires. On le voit, la pratique d’un sport ouvre la porte à plein de choses positives et bénéfiques pour la gestion du psoriasis, mais pas uniquement.»

Le sport permet-il parfois de reprendre confiance en soi alors qu’on est atteint d’un psoriasis assez sévère ?  Vous avez un petit témoignage-patient, je crois ? 

«Je compte, parmi mes patients, un homme qui souffrait d’un psoriasis assez sévère. Il avait déjà suivi plusieurs lignes de biothérapies. Il y répondait moyennement. La dernière biothérapie qu’il avait reçue ne répondait pas du tout, alors qu’il présentait une atteinte psoriasique sévère. Ce monsieur était en surpoids et il commençait un prédiabète malgré le fait de n’avoir qu’environ 35 ans. Il était gêné de montrer son corps dénudé, alors qu’il avait avant son psoriasis toujours adoré la natation. Vu les atteintes sévères de psoriasis et le regard des autres, il avait au fil du temps renoncé à se rendre à la piscine. Il a dès lors décidé de dompter ses peurs et a repris la natation. Là où il va nager, les habitués comprennent la maladie dont il souffre et ne le jugent pas/plus. Ils sont passés outre son aspect physique et lui a fait de même. Trois mois après avoir repris la natation, il avait perdu du poids, gagné en confiance en lui, il était moins stressé, moins anxieux. Je peux même affirmer qu’il était devenu accro à la natation. Et dans la foulée son traitement a mieux fonctionné, surtout en raison d’une meilleure oxygénation. Le sport permet donc non seulement, dans ce contexte, d’éviter des facteurs de risques cardiovasculaires inhérents au psoriasis, des complications, mais également d’améliorer l’efficacité des traitements et la qualité de vie… bien au-delà de ce que font les molécules chimiques, nécessaires, voire indispensables. Un beau témoignage de vie et de courage sportif !»

Quel sport choisir ?

Le choix du sport sera fonction de chacun, de ses aptitudes. Marche, marche nordique, vélo, jogging, yoga, gym douce, méthode Pilates, etc. sont parfaits. Certains médecins conseilleront plutôt des activités de groupe, pour l’aspect social, et/ou des activités sportives ne nécessitant pas d’être trop dénudé pour les personnes qui ne se sentent pas à l’aise en montrant leurs plaques psoriasiques ou squames.

Les sports de combat ou entraînant beaucoup de contacts violents, comme par exemple la boxe, ou ceux qui nécessitent un équipement particulier irritant pour la peau (escrime par exemple) seront déconseillés. Le principal est de se défouler, de libérer son stress. À chacun d’y aller à son propre rythme, selon ses besoins, son humeur, ses aptitudes physiques.

Attention aux zones de frottements : selle de vélo, de cheval, vêtements trop collants.

Privilégiez des vêtements amples, confortables en tissus naturels.

Avertissez toujours le responsable de la salle de sport, le coach sportif ou encore le maître-nageur que vous souffrez de psoriasis et que cette pathologie n’est pas contagieuse.

Quel sport en cas de rhumatisme psoriasique ?


Si vous souffrez de rhumatisme psoriasique, privilégiez les sports doux (natation, vélo, marche, marche nordique, marche sur tapis roulant, yoga, gym douce, etc.) pour éviter de trop solliciter les articulations.

Sport et traitement systémique ou biothérapie font-ils bon ménage ?

La pratique d’un sport, contrairement à une idée reçue, améliorerait dans de nombreux cas (ce n’est en effet pas systématique) l’efficacité d’un traitement systémique ou d’une biothérapie. C’est, toutefois, toujours au cas par cas. Aucune restriction n’est véritablement avancée. Cependant, avant de vous adonner à une (nouvelle) activité physique, il convient de demander l’avis de votre généraliste, dermatologue et/ou rhumatologue selon les atteintes de psoriasis. Il faudra, en effet, parfois tenir compte des effets indésirables de certains traitements : risque de fatigue (biothérapie, méthotrexate), risque de crampes musculaires (ciclosporine), risque de déshydratation (ciclosporine/méthotrexate), risque de selles plus fréquentes (aprémilast), etc.

Des données scientifiques ?

Les données scientifiques relatives à la pratique d’un sport chez les psoriasiques sont assez limitées. Une grande étude sur près de 87.000 femmes âgées de 27 à 44 ans a été menée aux Etats-Unis de 1991 à 2014. Elle a, entre autres, démontré que le niveau d’activité physique était inversement associé au risque de psoriasis. D’autres données plus récentes plaident pour le maintien d’une activité physique raisonnée, c’est-à-dire pas nécessairement intense, surtout si vous n’êtes pas un sportif de haut niveau à la base. Toutefois, il est bon de rappeler que la pratique régulière d’un sport/d’une activité physique (vélo, marche, yoga) permet de chasser les idées noires, de diminuer les risques de dépression et/ou de troubles psycho-sociaux souvent fréquents chez les psoriasiques, de réduire le taux d’inflammation et de renforcer le système immunitaire.

Une vaste étude américaine enrôlant près de 87.000 femmes américaines, âgées de 27 à 44 ans, qui a duré une quinzaine d’années, a montré que le sport prévient le risque de psoriasis. A l’entame, toutes ces femmes étaient d’ailleurs exemptes d’antécédents de psoriasis.

Si le sport est un allié en cas de psoriasis, une étude américaine suggère qu’il aurait également une vertu préventive : les personnes pratiquant régulièrement une activité physique vigoureuse  – 1h30 de course, de natation ou de tennis par semaine –  auraient 20 à 30%  de risques en moins de développer la maladie. Un élément intéressant pour les personnes qui y sont prédisposées génétiquement. Cette étude américaine a débuté en 1991 et a suivi exclusivement des femmes (86.655) durant 14 ans. Les participantes avaient entre 27 et 44 ans au début de l’étude et aucune ne souffrait de psoriasis. Au cours de l’étude, les auteurs ont recueilli des informations leur permettant d’évaluer le niveau d’activité physique de chaque participante. Au terme de l’étude, 1.026 cas de psoriasis ont été observés. Les femmes qui pratiquaient une activité physique jugée vigoureuse (correspondant à 120 minutes de jogging ou 3 heures de tennis ou de natation par semaine) avaient le risque le plus faible de développer un psoriasis.

Ref : HC.Frankel et coll. : The Association Between Physical Activity and the Risk of Incident Psoriasis. Archives of Dermatology, 2012 

[Source : Archives of Dermatology]