EN PRATIQUE

La question du patient, nos spécialistes vous répondent

La question du patient

Régulièrement, le docteur Pierre-Dominique Ghislain répond à vos questions « pertinentes » concernant le psoriasis.
Par « pertinentes », nous entendons dont la réponse ne se trouve pas déjà sur notre site.

De cette manière, c’est vous qui, par votre expérience quotidienne, votre curiosité et votre envie d’en savoir plus sur la maladie, enrichissez votre site.  Cela se nomme l’interactivité ! Car ne l’oubliez jamais, ce site est votre site et il existe pour vous.

Pratiquement…

La question ne peut être adressée que via le lien Dites-moi docteur Ghislain qui est inséré dans notre lettre d’information.  Une question vous brûle les lèvres ?  Abonnez-vous gratuitement à la newsletter.


 

Hélène: traitements biologiques et risque de cancer ?

Bonjour Docteur, j’ai un psoriasis sévère et de l’arthrite psoriasique et je suis sous traitement depuis des années avec du Ledertrexate avec un résultat peu satisfaisant pour mon psoriasis. On me parle des traitements “biologiques”, mais ces traitements seraient susceptibles de déclencher un cancer surtout si on est à risque. Qu’en pensez-vous?

La réponse du docteur Ghislain:

Chère Madame,

On s’est interrogé sur le lien éventuel entre biothérapies et cancers, par prudence et par principe par rapport au mode d’action de ces traitements. Les données sont actuellement rassurantes et vont toutes dans le même sens : les cas rapportés semblent relever d’autres causes, et aucun lien formel ni aucune augmentation de risque n’ont été soulignés. De plus en plus, on propose même ces traitements à des patients qui ont eu des antécédents de certains cancers. Il est vrai qu’on approche maintenant les 25 ans de pratique avec les premières biothérapies.

On restera toutefois prudent, d’autant plus chez des personnes ‘à risque’, mais comme finalement avec tous les traitements, et rien n’est interdit d’office.

Docteur Ghislain.

Elise: allaitement et traitement

Depuis toujours, je souffre de psoriasis sur le crâne et depuis la naissance de ma fille en juin, le psoriasis ne fait qu’empirer et s’étendre autour de mes oreilles, sur le front et dans mes sourcils. Pourriez-vous m’indiquer s’il existe un traitement qui soit compatible avec l’allaitement en dehors des shampoings ?

La réponse du Docteur Ghislain

Cher Madame,

Plusieurs facteurs peuvent expliquer une poussée de psoriasis après un accouchement. Cette poussée n’est d’ailleurs pas systématique. Dans la pratique, les traitements traditionnels locaux sont souvent envisageables pendant l’allaitement. Par principe de précaution, on essayera toutefois d’en réduire la fréquence, la quantité et la durée. Les corticoïdes locaux ne posent pas de problème réel, d’autant plus que le cuir chevelu est épais et n’absorbe qu’une faible quantité de principe actif. Les dérivés de vitamine D et l’acide salicylique ne sont a priori pas dangereux, mais leur quantité sera quand même réduite. Les dérivés de goudrons (ichtyol, etc) seront souvent évités.

La réponse tiendra compte également du type exact de psoriasis et de l’état cutané (blessures). N’hésitez pas à solliciter l’avis de votre médecin.

Docteur Ghislain

Yves : climatisation et psoriasis

Bonjour, La clim dans le T.G.V. me donne une poussée de psoriasis sur le visage. Y a-t-il un traitement préventif à utiliser avant de prendre ce train ? Merci. Yves B.

La réponse du Docteur Ghislain

Cher Monsieur,

En effet, des courants d’air (surtout asséchants ou au contraire très humides) peuvent occasionner des poussées localisées de psoriasis. De même, des expositions à des changements brutaux et répétés de température sont souvent néfastes : ils favorisent l’inflammation.

En pratique, il faut veiller à avoir au départ la peau la mieux hydratée possible. On peut aussi utiliser des crèmes à action « barrière », qui réalisent comme un film de protection sur la peau. Il en existe diverses marques, toutes disponibles en vente libre.

Sans oublier, d’abord, d’éviter autant que possible ces facteurs physiques défavorables !

Bien à vous,
Docteur Ghislain

Marcela : hamman et psoriasis

Bonjour, Mon prénom, c’est Marcela. J’ai du psoriasis depuis l’âge de dix ans suite à une séparation de ma famille pour aller faire des études dans une grande ville. Bref, tout au long de ma vie, j’ai eu plusieurs poussées mais depuis ma grossesse et jusqu’à maintenant (mon fils est maintenant âgé de deux ans et huit mois), j’avais remarqué une amélioration et même la disparition de certaines plaques. Malheureusement, depuis que je suis allée au hammam, j’ai senti que j’avais agressé ma peau et les petites cicatrices se sont transformées en psoriasis. Est-ce possible ou est-ce toujours à cause du stress ?

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Le psoriasis est ainsi : une maladie spontanément fluctuante, avec des hauts et des bas. Ces variations s’expliquent quelquefois : la saison, les activités menées, le stress, les médicaments pris pour autre chose, l’alimentation, le tabac, l’alcool… Vous avez parlé de la grossesse ; celle-ci améliore souvent le psoriasis, au moins pendant la grossesse elle-même, mais quelquefois aussi pour une plus longue durée, comme chez vous. Ainsi, les patients atteints de psoriasis peuvent vivre de vraies périodes de rémission, pendant lesquelles la maladie est absente ou en tout cas très calme. Et c’est bien appréciable. Mais il est vrai que le patient garde son terrain ‘à risque de psoriasis’, et donc que la maladie peut reprendre vigueur plus tard.

La grande question est : peut-on identifier ce qui a amélioré le problème (et donc tenter de le répéter), ou identifier ce qui lui a fait reprendre vigueur (et donc tenter de l’éviter) ? Quelquefois oui, on met en évidence des facteurs favorables ou défavorables. Mais quelquefois ces fluctuations semblent échapper à toute logique, au moins en apparence. Et s’il s’agit du stress ou de la saison, on a beau savoir que cela joue un mauvais rôle, il est bien difficile de les éviter… Il faut alors essayer de les gérer au mieux, d’en diminuer l’impact, etc.

Concernant le hammam, cela ne pose normalement pas de gros problèmes. Si l’exposition a été brutale ou trop prolongée, ou si vous n’avez pas suffisamment hydraté votre peau, cela peut provoquer un dessèchement, les jours suivants. Et donc aggraver un peu – et provisoirement – le psoriasis. Mais j’imagine difficilement que le hammam ait pu induire par lui-même une aggravation forte et prolongée.

Bien à vous,
Docteur Ghislain

Claudette : cancer et psoriasis

Bonjour, Voici près de quatre ans que j’ai du psoriasis sévère survenu lors de mon cancer. J’ai fait deux cancers différents avec beaucoup de complications. Mes bras, mon dos, mes jambes et le cuir chevelu sont atteints. Des pommades, il m’en faut trop pour les étendre sur presque l’entièreté de mon corps et vu le prix… J’ai fait ensuite des UV, malheureusement, j’ai fait de l’urticaire. Prenant toujours du Femara pour mon cancer, on hésite à me donner un médicament. Je suis dans un état d’épuisement point de vue douleur articulaire et de démangeaisons. S.V.P. docteur Ghislain, pouvez-vous me conseiller ? Claudette

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Soigner un psoriasis étendu quand on prend des médicaments lourds pour d’autres raisons est toujours bien compliqué. Il faut veiller aux interactions et faire en sorte que le traitement d’un problème n’aggrave pas l’autre problème. En même temps, ce n’est pas parce qu’on a un problème de cancer, de cœur ou autre, qu’on doit endurer et supporter un psoriasis invivable. C’est la qualité de vie globale du patient tout entier qui doit primer !

En pratique, chaque situation est différente. Le dermatologue travaillera chaque fois en collaboration avec l’autre spécialiste. Ici, l’oncologue. Et je suis agréablement surpris : depuis deux-trois ans, le point de vue de ces spécialistes a bien évolué. Ils ne négligent plus comme auparavant le psoriasis comme étant « toujours accessoire » par rapport à leur « vrai problème ». Et j’ai des échanges très fructueux avec eux concernant certains patients. Manifestement, la qualité de vie globale du patient est une notion qui progresse et est mieux considérée !

D’habitude, la ciclosporine reste un médicament contre-indiqué dans les situations comme la vôtre. Par contre, méthotrexate, acitrétine, voire fumarates, peuvent être envisagés au cas par cas. Les anti-TNF sont par principe contre-indiqués, mais il existe des exceptions.

Le plus important est donc d’abord de bien montrer à l’oncologue l’impact du psoriasis sur votre vie quotidienne. Il doit en être persuadé ! À ce moment, parlez-lui des hypothèses de traitement ci-dessus. Il en exclura sans doute certaines, propres à votre situation personnelle, mais sera peut-être ouvert à d’autres. Et là, le dermatologue pourra avancer, avec vous…

Soignez-vous bien !
Docteur Ghislain

Jean : production des traitements topiques

Bonjour, En Belgique, il y a de plus en plus de crèmes anti psoriasis qui sont en rupture de stock ou même plus fabriquées par les laboratoires dont le Dovobet. Et il n’y a plus le marché de crèmes à la cortisone pour les crises aiguës. Dois-je me tourner vers une préparation magistrale ? Le Daivonex est également supprimé, je suis obligé de me rabattre sur le Dermalex, évidemment beaucoup plus cher. Le Dermovate a été en rupture de stock pendant plus de six mois. Je trouve que c’est aberrant. Bien à vous, Jean

La réponse du Docteur Ghislain

Monsieur,

Vous touchez là un point extrêmement « agaçant » pour le patient et aussi le médecin ! Et de plus en plus fréquent.

Comme toutes les entreprises, les fabricants pharmaceutiques et leurs intermédiaires (grossistes, etc.) cherchent à limiter les coûts, et donc réduisent les stocks pour travailler en « flux tendu ». Ils ne peuvent donc plus faire face à des pics de demande ponctuels. En outre, les endroits de production se raréfient et travaillent à quasiment 100 % de capacité, et pour peu qu’une usine ait un problème (panne de ligne, grève, approvisionnement d’amont déficient…), la production ne suit plus, sans possibilité de compenser par ailleurs. La production de certains composants est ainsi concentrée sur quelques usines mondiales ! Enfin, ils travaillent souvent par « quotas » nationaux, alors qu’il existe souvent un marché parallèle, achetant d’un côté chez les grossistes pour revendre au détail de l’autre côté, ce qui fausse ces quotas. La Belgique est souvent perdante, dans ce mauvais jeu…

Le pharmacien est bien mal pris, recevant aussi quelquefois des informations imprécises ou erronées : retrait ou rupture de stock provisoire ? Rassurez-vous, les Dovobet pommade et gel restent disponibles. Si le Daivonex est supprimé, il reste quand même le Curatoderm comme analogue de la vitamine D en monothérapie. Les crèmes à la cortisone sont pour la plupart disponibles, mais au gré des stocks, en effet…

Les magistrales peuvent certainement dépanner. Leurs inconvénients : moins bonne stabilité et donc moindre capacité de conservation, risque de formules peu logiques chimiquement (incompatibilités de substances), irrégularités entre pharmacies. Mais je les apprécie souvent ! Sans qu’elles soient à l’abri de ruptures de stock : elles partagent leurs composants avec les spécialités « toutes faites »…

Bonne journée !
Docteur Ghislain

Une question au téléphone : un problème à la thyroïde peut-il déclencher un psoriasis ?

Il y a quelques mois, on m’a diagnostiqué un problème à la thyroïde et peu de temps après, le psoriasis s’est déclaré. Est-ce lié ?

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame, Il n’y pas de lien direct entre thyroïde et psoriasis. On peut toutefois considérer qu’un déséquilibre de la thyroïde (et donc des hormones thyroïdiennes) n’est jamais bon pour les patients atteints de psoriasis car cela pourrait aggraver leurs problèmes cutanés. On ne se pose habituellement pas de question sur les équilibres hormonaux lors du diagnostic d’un psoriasis, et aucun bilan systématique n’est requis. On peut quand même s’interroger sur les liens entre maladies auto-immunes de la thyroïde et maladies de peau. On sait très bien que cette association est classique pour le vitiligo, par exemple (dépigmentation en plaques). Or, le psoriasis, comme le vitiligo, sont des maladies à composante auto-immune. Elles partagent donc certaines caractéristiques. Mais pas de quoi s’inquiéter : les patients atteints de psoriasis ne courent pas un risque accru de problème thyroïdien. Alors, dans votre cas, association fortuite ? Peut-être, mais pas sûr. On pourrait par exemple évoquer l’hypothèse d’un facteur déclenchant commun aux deux problèmes. Le psoriasis ne découlerait pas de l’anomalie thyroïdienne, mais tous deux seraient des conséquences différentes d’un déclencheur commun. Qui resterait inconnu, à l’heure actuelle.

Yolande : les effets secondaires de l’arthrite psoriasique

Bonjour, À la suite de plusieurs décès dans la famille (sœurs et parents), je me suis retrouvée couverte de psoriasis. Grâce aux crèmes, onguents, pommades etc. le psoriasis a fortement diminué. Il y a environ six ans, j’ai eu un orteil semblable à un morceau de merguez ; radio, visite chez le rhumato, prise de sang, le couperet est tombé : rhumatismes psoriasiques. Au départ, soignée par Ledertrexate, quatre comprimés par semaine en une prise, puis trois comprimés car les enzymes du foie montaient en flèche. Comme j’ai beaucoup d’effets secondaires, j’ai eu la mauvaise idée d’arrêter le Ledertrexate pendant les fêtes puis j’ai repris mais seulement un comprimé par semaine. J’ignore si c’est la cause de mes problèmes mais début avril, douleurs articulaires aux genoux, poignets, doigts, chevilles, orteils, fièvre, urticaire sur tout le corps, transpirations nocturnes, fatigue, manque d’appétit et déprime. Le généraliste a demandé une analyse de sang et m’a dit qu’il n’avait jamais vu un PCR aussi haut. Je dois revoir mon rhumato mais je n’ai rendez-vous que dans un mois. Pouvez-vous me dire s’il s’agit bien d’une crise ? Si celle-ci peut avoir des conséquences sur les articulations (handicaps) ? Si les crises sont fréquentes ? Je me sens tellement dépourvue. Pour ne rien vous cacher, je souffre aussi de sclérose en plaques depuis trente-huit ans ! Merci. Yolande.

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Les arthrites psoriasiques, qu’elles soient associées ou non à du psoriasis cutané, sont souvent très douloureuses et invalidantes. Si le méthotrexate est habituellement un « bon » traitement, il n’est pas toujours bien supporté, et peut nuire au foie. Dans certains cas, cela amène à devoir changer de traitement.

Votre poussée actuelle pourrait peut-être correspondre à un excès d’arthrite psoriasique, mais d’autres hypothèses doivent être évoquées. Dans ce contexte, une éruption ressemblant à de l’urticaire peut faire évoquer certaines affections auto-immunes (sans gravité toutefois). De même, les sudations, la fatigue, doivent faire rechercher d’autres causes et justifient un petit bilan plus complet. Concernant la prise de sang, le généraliste voulait sans doute parler de la CRP, qui est une protéine présente en cas d’inflammation. Le taux sanguin de la CRP est le reflet de l’intensité de cette inflammation.

Le traitement des crises articulaires est important, d’abord pour vous soulager, mais aussi pour éviter que ces articulations malades ne s’abîment. En effet, à la différence de la peau, les crises de psoriasis dans les articulations amènent progressivement des dégâts non réparables. Heureusement, il existe d’autres possibilités que le méthotrexate, pour les personnes qui ne le supportent pas ou plus. Votre rhumatologue sera la personne-clef…

Bien à vous,
Docteur Ghislain.

Bernard : l’espoir des cellules souches

Bonjour Docteur, Bonjour à tous, Si je ne me trompe pas, on parle souvent de greffes de peau et d’organes qui se régénèrent « seuls ». Dans peu, je vais être papa et une question me brûle les lèvres. Le sang de cordon est, si j’ai bien compris, une ressource incroyable qui semble soigner beaucoup de choses. Je me doute que le psoriasis n’est pas encore en voie d’éradication mais ces cellules souches pourraient-elles, dans un futur, servir notre cause ? Si oui, y a-t-il déjà des retombées de résultats ? Bien à vous, Bernard

La réponse du Docteur Ghislain

Monsieur,

C’est une piste actuellement explorée, qui a pu donner ici ou là quelque espoir, mais qui reste globalement décevante dans le domaine du psoriasis.

Pour simplifier, rappelons qu’au fil de la formation de l’embryon, les cellules se spécialisent progressivement : cellule de peau, de foie, de cheveu, de cœur, de muscle long, etc. Par la suite, chez l’enfant et l’adulte, toutes ces cellules (sauf plus ou moins les neurones) se renouvellent d’abord pour permettre la croissance, ensuite pour permettre le renouvellement face à l’usure. Mais alors, une cellule de peau donne une autre cellule de peau, une cellule de pancréas une autre cellule de pancréas, etc. Heureusement ! Alors qu’au tout début de l’embryon, il y a une seule cellule primitive, qui se divise en deux, puis devient quatre cellules, huit, seize, trente-deux… À ce moment-là, ces cellules ont encore le pouvoir d’évoluer ultérieurement en toutes sortes de cellules : les cellules sont encore totipotentes. Un peu plus tard, elles gardent le pouvoir d’évoluer non plus en toutes les sortes de cellules, mis en certaines sortes : elles sont pluripotentes. Enfin, elles se spécialisent ensuite au stade terminal et perdent le pouvoir de donner autre chose qu’elles-mêmes.

Une cellule « souche » est une cellule qui peut encore évoluer vers plusieurs formes. Les cellules souches issues d’embryon sont très riches mais posent d’énormes problèmes éthiques et médicaux. Les adultes gardent certaines cellules souches (moelle osseuse…), et celles du sang du cordon sont très bonnes.

Elles sont utilisées (ou tout au moins on essaie de les utiliser) pour compenser certains manques. Imaginez quelqu’un qui n’aurait plus de foie, et chez qui on implanterait des cellules souches à qui on dirait « reconstituez du foie » : on pourrait théoriquement voir repousser un foie complet. C’est encore utopique, mais… Quelques applications existent déjà, par exemple pour des déficits acquis ou congénitaux en certaines enzymes : vous manquez d’insuline (certains diabètes), et on vous replacerait des cellules souches capables de compenser ce manque. Vous n’auriez plus besoin des injections d’insuline, car vous la produiriez à nouveau. Au conditionnel, encore…

Vous aurez compris que ce n’est pas envisageable à ce stade pour le psoriasis. Celui-ci possède une base génétique, mais inconstante, et faisant appel à plusieurs gènes différents, et à des associations de gènes : ce n’est pas une maladie génétique « simple », dans lequel un gène précis serait manquant ou anormal. De même, le psoriasis ne provient pas d’un excès ou d’un défaut en une protéine, une enzyme, une quelconque substance sur laquelle on pourrait agir d’une manière semblable.

À l’heure actuelle, le psoriasis (les psoriasis plutôt ??) semble découler d’un équilibre perturbé, faisant appel à une base génétique, des stimulations extérieures (infection, environnement, médicaments, alimentation…), et du stress au sens large. L’un ou l’autre de ces facteurs pouvant être absent, selon le patient. Difficile à ce stade d’envisager une option de traitement par cellules souches…

Bien à vous,
Docteur Ghislain.

Christina S.: psoriasis en cas de grossesse

Docteur, Je viens de lire votre site qui est très intéressant et je me permets de m’adresser à vous pour quelques petites questions. Cela fait huit ans que je souffre d’un psoriasis inversé (autour de l’anus et derrière les oreilles) mais je ne prends pas de crème à la cortisone car j’ai vu qu’une fois qu’on arrête, c’est encore pire. Actuellement, je mets une pommade à la camomille qui me soulage quand ça gratte trop. Pendant mes vacances au bord de la mer, je n’ai pratiquement plus eu de problème – mais je pense que c’est bien connu. Maintenant mes questions: Vous avez écrit que certains anti-inflammatoires peuvent aggraver le pso. Est-ce que vous pourriez me citer ces anti-inflammatoires ? Je prends parfois (1-2 x mois) des anti-inflammatoires à cause de mes migraines. J’ai eu un premier enfant à trente ans et je voudrais en avoir un deuxième (j’ai quarante et un ans maintenant, ne fume pas, ne bois pas, fais du sport et suis en bonne santé à part des soucis que je vous ai mentionnés). Est-ce que vous connaissez des cas où des personnes ont développé une arthrite psoriasique après une grossesse ? Est-ce qu’une grossesse empire dans tous les cas le pso ? Je vous remercie d’avance de votre réponse et vous présente mes meilleures salutations. Christina S.

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Les anti-inflammatoires donnent des effets « paradoxaux » : ils devraient pourtant lutter contre l’inflammation, mais l’effet n’est pas toujours favorable sur les plaques de psoriasis. Il n’y a malheureusement pas de listes de « bons » et de « mauvais » anti-inflammatoires quand on souffre de psoriasis.

Pour la grossesse, on considère que la majorité des femmes ont un psoriasis calmé pendant cette période. Mais quelques-unes ont des périodes d’aggravation. Et c’est imprévisible, par rapport au patient, à la forme du psoriasis, etc. Ce qui ne vous aide pas beaucoup… Mais le plus important : le psoriasis a une évolution imprévisible pendant la grossesse, souvent dans le bon sens mais pas toujours, mais dans tous les cas il existe des moyens pour vous aider pendant ces neuf mois. La grossesse n’empêche pas de se soigner, sans risque pour l’enfant.

Bien à vous,
Docteur Ghislain.

Bernadette : un psoriasis aux mains et aux pieds

Bonjour. Une petite question. Je souffre de psoriasis aux mains et aux pieds. C’est très douloureux. Je me soigne avec du Neotigason et de la pommade Dovobet. Je souffre aussi de coeliaque. Ya t-il un rapport entre ces deux maladies ;? Que puis-je employer comme crème hydratante pour éviter les crevasses qui soit efficace ;? Je n’arrive plus à me chausser. En plus, je suis femme d’ouvrage ce qui n’arrange rien à mon avis. Je vous remercie de me répondre et vous envoie mes sincères salutations et vous remercie pour votre dévouement.

La réponse du Docteur Ghislain

Le psoriasis des mains et des pieds est souvent très difficile à vivre. Il est à la fois visible socialement (difficile à cacher) et souvent douloureux (crevasses, fissures). Il peut mener à une vraie incapacité de travail et gêne la vie quotidienne (marche, vaisselle, nettoyage, finesse du mouvement des doigts, vie intime…). Plus encore que pour le psoriasis « classique », les traitements sont souvent décevants. Pourtant, des mesures existent, souvent simples. En vacances, cela va souvent mieux : moins de facteurs irritants chimiques, bains d’eau salée, soleil… Nous pouvons nous en inspirer pour le quotidien : un peu de sel dans de l’eau tiède, des gants pour manipuler les détergents, du coton, des chaussures « qui respirent ».

À côté des prescriptions médicales, les crèmes pour pied diabétique peuvent être utiles, ainsi que divers traitements locaux traditionnels pour les crevasses. Le psoriasis des mains et des pieds peut aussi justifier la prise de traitements oraux, comme celui que vous citez, qui présente comme inconvénient d’augmenter encore la sécheresse de la peau.

Concernant la maladie coeliaque, il n’y a pas de lien prouvé actuellement avec le psoriasis, mais seulement quelques observations isolées et quelques théories non confirmées.

François : ablation des amygdales

Bonjour, Je serais intéressé de savoir si lors de l’ablation des amygdales, on peut remarquer une amélioration d’un psoriasis ? J’ai appris que des scientifiques travaillaient sur cette piste. Merci d’avance de votre réponse.

La réponse du Docteur Ghislain

Certainement ! Cela a même fait l’objet d’une petite étude en Belgique. Il y a une logique : les amygdales peuvent être un réservoir à bactéries. Or, celles-ci synthétisent des toxines et induisent des réactions immunitaires, qui peuvent être à l’origine d’une poussée de psoriasis, voire d’un déclenchement. C’est particulièrement vrai pour les formes « en gouttes », chez l’enfant et l’adolescent. Dans ces situations, on a pu observer des améliorations très nettes, ou même des guérisons, après ablation des amygdales. Mais ne rêvons pas : cette opération ne « guérit » pas du psoriasis, et ne peut être indiquée que pour certains patients particuliers. En outre, il est toujours difficile de tirer des conclusions générales à partir d’observations plus ou moins isolées : un cas ne fait pas la règle. Et enfin, dernière déception, une étude toute récente, internationale, fait état de l’absence d’intérêt de l’ablation des amygdales dans le traitement du ou des psoriasis… Alors ? Que conclure ? Une fois de plus, la question est à discuter avec le médecin, en tenant compte des caractéristiques propres au patient.

Bernard : la maladie de Hailey-Hailey, un psoriasis inversé ?

Bonjour Docteur Ghislain. Voilà, j’ai reçu la visite d’un médecin contrôle chez moi car j’étais malade. En discutant avec lui de la pathologie Hailey-Hailey qu’on m’a découverte, il m’a dit que ce que j’ai était juste un nom donné pour dire que mon psoriasis était placé à un mauvais endroit. Qu’un psoriasis est normalement situé ailleurs que dans les plis de la peau. Or, il me semblait avoir compris que : – Un psoriasis est situé sur une partie du corps lisse ou du style coude externe, genou externe… – Un psoriasis inversé est situé dans les plis et parties « cachées » de la peau (aisselles, entre-jambes, entre les doigts de pieds…). Un Hailey-Hailey est un faux-psoriasis situé dans les plis et est une pathologie encore plus rare que le psoriasis. Quid ? Merci pour vos aides si précieuses.

La réponse du Docteur Ghislain

Vous avez raison à 100 %, et le confrère que vous avez rencontré a malheureusement fait une confusion. La maladie de Hailey-Hailey, ou « pemphigus bénin familial », est une maladie spécifique, totalement distincte du psoriasis. C’est en fait une peau « fragile », qui se sépare en couches parallèles, dans son épaisseur. Cela produit des décollements bulleux fragiles, vite érodés (mis à vif). Cela atteint particulièrement les plis, par exemple inguinaux. C’est une maladie génétique familiale. La confusion réalisée ici est fréquente. La maladie de Hailey-Hailey n’est pas exceptionnelle, mais elle reste mal connue en dehors du monde dermatologique. Beaucoup de patients s’ignorent et sont traités pour d’autres affections (mycoses, psoriasis…) apparaissant comme un intertrigo (une maladie du fond des plis cutanés). Le traitement n’est pas facile, et reste uniquement symptomatique. Il peut toutefois nettement améliorer le confort du patient.

Arlette : comment traiter le psoriasis de la bouche ?

Bonjour à vous. Je suis âgée de quarante-neuf ans et je souffre de psoriasis du cuir chevelu depuis l’âge de quatorze ans. Depuis un an, je souffre également d’un psoriasis en gouttes sur tout le corps. Depuis dix-huit ans, j’avais des douleurs permanentes au niveau des gencives et de la bouche. J’ai vu un nombre impressionnant de médecins et de dentistes… Un dermatologue a fini par me faire une biopsie vu l’état de mon palais et de mes gencives. Diagnostic ;: psoriasis de la bouche. Traitement très compliqué car j’ai eu un cancer du sein en 2007. Connaissez-vous des cas similaires au mien. Si oui, quels traitements ont été entrepris ?

La réponse du Docteur Ghislain

Le psoriasis de la bouche (et de la langue) n’est pas exceptionnel. Il ne s’agit finalement que d’une muqueuse comme une autre, et l’on sait que le psoriasis peut se développer aussi sur les muqueuses génitales. En pratique, l’atteinte buccale est souvent peu gênante. On considère même que la « langue géographique » serait un équivalent de psoriasis, et c’est presque toujours asymptomatique (sans ressenti pour le patient). Par contre, quelques formes peuvent être vraiment gênantes, voire douloureuses. Il faut alors les différencier du lichen buccal, ce qui nécessite quelquefois une biopsie, comme chez vous. Le traitement est encore plus difficile que pour le psoriasis du corps (imaginez appliquer une pommade sur l’intérieur des joues, les gencives, etc.). On propose souvent des bains de bouche, d’abord simplement apaisants. Attention aux antiseptiques, quelquefois irritants. On passe ensuite aux applications d’emplâtres buccaux, comme pour les aphtes. Un peu malaisé mais efficace. Des bains de bouche à la ciclosporine peuvent être envisagés (mais font courir un risque – théorique – en cas d’antécédent de cancer).

Des bains de bouche à la ciclosporine peuvent être envisagés (mais font courir un risque – théorique – en cas d’antécédent de cancer).

Et puis, bien sûr, quand cela est justifié, les traitements systémiques « habituels »… Et, toujours, les mesures d’accompagnement, du genre « éviter le très chaud, le trop épicé, le très acide ».

Et espérer une rémission la plus proche et la plus longue possible (l’évolution naturelle se fait par crises).

Fabienne : comment traiter un psoriasis inversé ? 

Fin février, j’ai appris que j’étais atteinte du psoriasis inversé. La dermatologue m’a prescrit une préparation, un hydratant, une lotion nettoyante sans savon. Y a t-il des aliments interdits (ex. : lait de vache) ? Parfois j’ai l’impression que tout mon corps me chatouille. Quel comportement adopter lors des règles ? Je suis un peu perdue face à cette maladie. Dois-je aller voir un dermatologue spécialisé ? Je pars quelques jours en vacances en espérant que le soleil m’aidera physiquement et moralement.

La réponse du Docteur Ghislain

Le psoriasis inversé : encore une forme difficile, très pénible à vivre, souvent manquée dans son diagnostic, et peu connue du grand public, voire de certains médecins ! Il s’agit donc d’une atteinte du fond des plis (creux des bras, plis inguinaux, pli sous la poitrine…). Hydrater et utiliser un nettoyant doux sont en effet à la base du traitement. Mais s’agissant d’une atteinte des plis, éviter la macération ! Bien sécher, utiliser un hydratant fluide en émulsion.

Pas plus que dans le psoriasis en plaques, il n’y a d’aliments interdits. Certaines hypothèses qui se basent sur le rôle de l’inflammation digestive suggèrent de faire un régime sans lait de vache et/ou pauvre en produits céréaliers. Ces régimes sont le plus souvent inutiles. En fait, il est sans doute vrai que quelqu’un qui est intolérant à ces substances verra son psoriasis plus actif en période de crise, quand il ne respecte pas son régime. Mais de là à appliquer ces restrictions à tous les patients atteints de psoriasis… Non, en pratique, voyons d’abord comme est notre digestion. Sans douleurs, sans troubles du transit, sans autre anomalie digestive, il y a très peu de chances qu’un tel régime améliore notre psoriasis.

La question concernant les menstruations (règles) est judicieuse, et beaucoup de femmes se la posent. Eviter les protections trop synthétiques ou trop fermées, choisir des matières douces, se laver fréquemment, mais à l’eau claire ou avec un nettoyant sans savon.

L’avis d’un dermatologue spécialisé n’est pas chaque fois nécessaire. Un dermatologue « général » connaît bien la question, habituellement.

Une consultation supplémentaire apportera quand même quelquefois des éclaircissements, un autre éclairage, et, faute de guérir du problème, permettra de mieux le connaître et de mieux le gérer.

Quant au soleil, il sera en effet bénéfique sur ces deux tableaux, physique et psychique. Mais en évitant les excès, bien sûr : les bienfaits du soleil sont d’autant plus nets qu’on évite l’exposition directe prolongée.

Bernard : des verrues sur un psoriasis inversé

Bonjour Docteur, Sur mon psoriasis inversé, j’ai remarqué la présence de verrues. Au départ, ce furent une ou deux, que je suis allé me faire brûler chez mon médecin traitant. Ensuite, ce furent six ou sept. Là, je suis allé acheter une bombe Wartner (petit système pour congeler les verrues). Mais je remarque qu’elles sont de plus en plus nombreuses. Elles ne sont placées que sur les zones de psoriasis. Nulle part ailleurs. Est-il possible qu’il y ait un lien ? Sinon, y a-t-il un produit spécifique que je pourrais utiliser sans risquer de blesser mon pso ? Merci pour votre aide si précieuse. Bien à vous.

La réponse du docteur Ghislain :

Cher Monsieur,

Le terme « verrues » peut correspondre à plusieurs types de lésions, certaines liées à l’âge et au familial, d’autres induites par un virus et contagieuses. Quel que soit le type, il n’y a pas de lien formel connu par rapport au psoriasis. Mais certaines verrues affectionnent les plis, comme le psoriasis inversé, et on peut donc les voir associées. En outre, les corticoïdes locaux utilisés dans le traitement du psoriasis peuvent favoriser le développement des verrues virales.

Dans un premier temps, il serait donc utile d’objectiver la nature de ces verrues, par exemple en pratiquant une biopsie (prélèvement d’un petit morceau de la lésion afin de l’analyser au microscope). Ensuite viendra le traitement, et vous avez raison de craindre que certains produits anti-verrues puissent irriter le psoriasis. La première « clef » est de n’appliquer que la quantité nécessaire du produit, et de se limiter à la verrue elle-même, pour éviter tout débordement. La deuxième « clef » est de choisir un produit efficace sur la verrue mais doux pour la peau (la quadrature du cercle, en quelque sorte). En ce sens, un traitement « physique » peut être préférable : azote liquide véritable (pas neige carbonique ni protoxyde d’azote) ou cautérisation. Car si le traitement est plus brutal, il est plus précis et plus court. La troisième « clef », logique, est de choisir le traitement adapté au type de verrue : les corricides peuvent être utiles pour les verrues virales mais pas pour les autres… En espérant que vous en serez rapidement débarrassé !

Jean : les traitements à base de corticostéroïdes

Bonjour, je m’appelle Jean. J’habite La Hulpe en Belgique. J’ai 46 ans. Tout d’abord merci pour votre rubrique. J’ai du psoriasis depuis plus de dix ans maintenant et je suis découragé du peu de résultats des traitements. J’ai des plaques de psoriasis sur les coudes et les genoux + à l’aine. J’ai utilisé Daivonex crème durant de nombreuses années, matin et soir, mais avec peu de succès. Dovobet par contre marche bien – résultat très rapide – mais mon dermato me dit que je ne peux l’utiliser que durant un mois. Dès que j’arrête une semaine ou deux, les plaques reviennent tout de suite. Pourquoi ne puis-je utiliser le Dovobet en continu et existe-t-il un autre traitement à utiliser en alternance ? Merci de vos précisions.

Docteur Ghislain

En règle générale, le médecin sera prudent lors de l’utilisation de traitements locaux comportant des dérivés de cortisone. En effet, même s’il s’agit d’une hormone naturelle, produite tous les jours par notre corps, son usage exagéré peut avoir des conséquences négatives, même localement : amincissement et fragilisation de la peau, rougeurs, vergetures, changements de couleur, croissance des poils, et quelquefois conséquences à l’intérieur du corps, en cas de quantités de pommade vraiment importantes.

Et pourtant, c’est l’un des traitements les plus rapidement et les plus fortement efficaces sur le psoriasis !

Il y a de nombreuses sortes de cortisones en pommade, avec des effets et des risques différents. Le médecin vous conseillera en fonction des caractéristiques propres à votre problème et à vos caractéristiques de patient (sexe, âge, autres maladies,…). Le médicament local dont vous parlez associe deux principes actifs : un dérivé de cortisone et une sorte de vitamine D. La cortisone va diminuer l’inflammation (rougeur, chaleur, démangeaisons des plaques) et la vitamine D va prolonger cet effet et ralentir le renouvellement des cellules. Elle va en même temps exercer un effet protecteur sur la peau vis-à-vis des mauvais effets de la cortisone. D’où l’intérêt de ce médicament qui associe les deux principes actifs.

On propose souvent au patient d’interrompre progressivement l’usage d’une pommade qui a donné de bons résultats, afin d’éviter une récidive rapide et quelquefois brutale. Car alors, le patient sera déçu et sera tenté d’utiliser en continu le traitement, ce qui peut être mauvais. On diminue donc les quantités et les fréquences d’application des pommades, par exemple en alternant ces pommades avec d’autres plus légères, destinées à l’« entretien ». On peut aussi signaler que de récentes études cliniques ont été très rassurantes pour l’usage répété du médicament que vous citez. La notice d’utilisation a d’ailleurs été changée et ne limite plus l’usage à un seul mois, à condition que le patient soit bien suivi par son médecin. Il ne s’agit pas pour autant d’utiliser cette pommade en permanence, mais bien de l’utiliser logiquement, selon le besoin.

Sofiane : comment gérer au mieux l’après PUVA thérapie

Bonjour, j’ai quarante et un ans et je suis infirmier au service des urgences à Alger. Je suis atteint d’un psoriasis étendu et j’ai suivi trente séances de puvathérapie au service de dermatologie du CHU Mustapha. Malgré de bons résultats, des plaques de psoriasis persistent sur mes jambes et j’ai peur d’avoir une autre poussée. Quelle est la conduite à tenir dans ce cas ? Merci.

Réponse du docteur Ghislain

On observe que la PUVA thérapie donne souvent de bons résultats au bout de plusieurs semaines d’utilisation. Dans les articles médicaux, on parle d’une amélioration moyenne de 70 à 80 %. Si certains patients sont totalement délivrés de leurs plaques de psoriasis, d’autres en gardent certaines, à des endroits plus difficiles ou sur des zones de peau plus épaisse. On peut aider les UV à faire partir ces zones de résistance en utilisant certaines pommades dans la même période. Par exemple, alterner les crèmes hydratantes et les pommades « actives » (vitamine D et/ou dermocorticoïdes adaptés). Par la suite, la PUVA thérapie permet souvent une rémission plus ou moins prolongée (plus longue en tout cas qu’avec la plupart des autres traitements, qui sont dits d’effet « suspensif »). Pour augmenter encore le temps de rémission, on peut être tenté d’entretenir le résultat en réalisant quelques bancs solaires non médicaux. C’est une mauvaise idée : les UV sont différents, et on augmente alors leur effet délétère sur la peau (vieillissement, assèchement, risques de cancers). Par contre, hydrater encore, par différentes méthodes, et traiter d’emblée les petites plaques qui auraient tendance à revenir est certainement une bonne idée ! Bien sûr aussi, se mettre dans des conditions positives pour maintenir la bonne réponse est souhaitable, mais c’est plus facile à dire qu’à faire…

Patricia : question sur la dépigmentation

Depuis environ deux ans maintenant, j’ai de plus en plus de pso sur les bras, le ventre, le dos,… Mais c’est une multitude de petites gouttes, qui desquament rarement mais surtout elles sont dépigmentées, alors que sur les jambes, les coudes…,” cela reste un pso « normal » (enfin comme j’ai toujours connu). Pourriez vous m’expliquer cette dépigmentation (d’autant que je ne pense vraiment pas que ce soit une autre maladie de peau).

Docteur Ghislain

On observe souvent des zones de peau qui restent blanches à l’endroit d’anciennes plaques de psoriasis. La zone blanche peut sembler d’apparition spontanée (la plaque de psoriasis était partie d’elle-même) ou sembler suivre l’application de traitements locaux à base de dermocorticoïdes (qui peuvent favoriser une dépigmentation locale, partielle et passagère).

La cause principale est l’inflammation qui a accompagné la plaque de psoriasis. Cette inflammation détruit les cellules pigmentaires situées dans la plaque. Après disparition de la plaque, il peut persister une zone blanche ou au contraire une zone plus foncée, comme « bronzée » en permanence. Ces teintes anormales s’estompent avec le temps.

Il est bon d’hydrater correctement ces régions et de les protéger particulièrement du soleil et des UV en général. Une exposition progressive à la lumière aide à les faire disparaître, mais il est important d’y aller lentement car l’effet contraire est possible (accentuation des différences) !

Bien à vous,
Docteur Ghislain

Yves : question sur le thymus

Question sur le thymus sert de lieu de maturation aux lymphocytes T et joue un rôle dans la protection contre l’auto-immunité.

Bonjour docteur, Je viens de lire : « Le thymus sert de lieu de maturation aux lymphocytes T et joue un rôle dans la protection contre l’auto-immunité. » Je serais intéressé de connaître sa fonction et les répercussions éventuelles lorsqu’on est atteint de psoriasis. À votre connaissance, est-ce qu’une recherche a déjà été effectuée dans ce domaine ? Recevez, docteur, tous mes remerciements pour les réponses que vous faites aux différentes questions qui vous sont posées. Je trouve ce mode d’échange très intéressant. Bonnes fêtes de fin d’année. Yves (France)

Docteur Ghislain

Cher Monsieur,

Votre question m’a stimulé intellectuellement. De prime abord, je me suis dit qu’il ne devait pas exister grand-chose en guise de recherche sur cette question… Pourtant il existerait une logique théorique entre la fonction du thymus et certains éléments physiopathologiques du psoriasis.

Une petite étude de la littérature a confirmé la pauvreté des données scientifiques sur cette question. Les quelques articles publiés sont essentiellement anecdotiques. Une des raisons est que le thymus joue un rôle fondamental au début de la vie, mais qu’il s’atrophie et devient très peu fonctionnel ensuite. Pour autant, rien ne dit qu’il ne joue plus aucun rôle. Dans d’autres situations que le psoriasis, certaines publications vont en ce sens. Mais pour l’instant, rien n’est réellement connu pour le psoriasis, par rapport au thymus.

Ni sur un plan des processus de développement de la maladie, ni sur un effet éventuel des « traitements » visant à stimuler ou freiner le thymus, ni encore sur un effet des divers « extraits de thymus » que l’on peut trouver sur le marché. Donc la porte est grand ouverte pour une recherche appliquée dans ce domaine !

Bonne journée,
Docteur Ghislain.

Mélanie : hypertension et ongles cassants

Bonjour, Mon époux prend du Soriatane 50 mg par jour et depuis qu’il a commencé le traitement, il a toujours une tension haute. Est-il possible que cela vienne du Soriatane ? Il a aussi les ongles des mains qui cassent pour rien. Merci d’avance, Mélanie

La réponse du Docteur Ghislain

Chère Madame,

Á ma connaissance, il n’y a pas de lien direct connu entre Soriatane/Néotigason (acitrétine) et hypertension artérielle. Un patient n’est pas l’autre, mais il n’y a pas de lien logique à envisager. Par contre, pour les ongles, le lien est très logique. On observe souvent des problèmes avec ce médicament : ongles cassants, bords irrités, petits bourrelets. Dans certains cas, cela amène à devoir réduire le dosage du médicament.

Bien à vous
Docteur Ghislain.

Jean : traitements et effets secondaires

Docteur, Cela fait plus de trente ans que j’ai du « Pso ». Au début, j’ai utilisé les diverses pommades. En 2007, je suis passé au Néoral et j’ai eu une rémission mais ensuite une rechute en 2010. Mon dermato m’a alors mis sous Humira de janvier à septembre et là encore, j’ai connu une très belle rémission. En septembre 2011 à nouveau, rechute très sévère et passage au Stelara. Merci à vous de me dire si je dois poursuivre ce traitement avec lequel j’ai une belle rémission mais qui n’empêche pas les effets secondaires comme des acouphènes, des vertiges, de l’hypertension, de la toux, la bouche et les lèvres sèches et de la fatigue dans les jambes. Jean

La réponse du Docteur Ghislain

La question est excellente et nous pose un problème quotidien. Le psoriasis est une maladie chronique. Mais des rémissions sont possibles, après un traitement ou même spontanément. Un traitement chronique (continu) est donc logique, mais il est astreignant psychologiquement et a priori non souhaitable médicalement. Moins on prend de médicaments…

En même temps, le psoriasis comporte une partie visible (les plaques) et une partie non visible (l’inflammation profonde, dans le sang et/ou les articulations). Et l’on sait de mieux en mieux que le traitement agit sur les plaques mais aussi et sans doute surtout sur cette inflammation de base, ce qui serait très important. Dès lors, un traitement continu trouverait tout son intérêt. Cela, à condition que tout se passe bien avec le traitement. Pour certains traitements, on ne peut pas envisager de traitement prolongé, car on sait que les effets secondaires « s’accumulent » : il faut donc faire des pauses dans le traitement, et on traite finalement les crises, les poussées. Ce qui fait qu’on traite la conséquence. Pourquoi pas, dans certains cas ?

Mais d’autres traitements sont prévus pour être donnés en continu, et les données de sécurité sont rassurantes à l’heure actuelle, avec quelques années de recul. Mais on doit rester prudents, évidemment. Au total, chaque situation doit être discutée au cas par cas, entre le patient et le médecin, en tenant compte du type de psoriasis, de son évolution antérieure, du ressenti du patient, de ses attentes, de sa qualité de vie globale, etc.

Il n’y a pas de réponse toute faite…

Bien à vous,
Docteur Ghislain.